A l'abordage: défi N°52 terre de légendes ...Un récit du vieux coffre

Publié le par Hauteclaire

Le deuxième récit de ce tryptique pour ce défi des croqueurs de mots

 

Un récit du vieux coffre


Cette  histoire n’est pas si ancienne, vous la connaissez, vous qui aimez la mer et les mystères, mais savez-vous toute la vérité ? Je me le demande.
Je naviguais alors à bord d’un minuscule bateau de pêche. Le patron était un homme simple presque pauvre, et nous n’étions que tous les deux. Il gagnait sa vie chichement en vendant un peu de poissons, gardant tout ce qu’il pouvait gagner pour sa femme et sa fille.
Malgré tout, j’étais bien avec lui. Il m’avait acheté pour quelques piécettes dans une obscure brocante où j’avais échoué, fortune de mer. Il m’a nettoyé patiemment, a ciré mon couvercle et mes flancs, et m’a installé dans sa toute petite cabine, pour abriter ses maigres biens.
Comment je sais ce qui lui est arrivé ? Il écrivait son journal le soir, à la lueur d’une bougie, tout en parlant tout bas, comme font ceux qui ne savent pas bien former les lettres. Vous voyez cette petite tache de cire, là, au bord de ma serrure ? C’est sa chandelle qui l’a faite. Et si vous cherchez dans les vieux parchemins que je cache, peut-être trouverez- vous quelques feuilles qu’il avait écrites. Regardez les signatures, il s’appelait John.
Nous avions navigué un peu plus loin que de coutume, le temps était superbe bien que nous soyons à la fin novembre, et il avait plongé son filet dans une mer transparente et verte. Le poisson était là, il le savait, mais il fallait aussi de la patience. Nous attendions, calmement, John fumait sa pipe, sans un bruit, sans chanter comme parfois il le faisait, pour ne pas les effrayer.


 L’après-midi était déjà bien avancé, quand le poisson s’est décidé, et le filet est remonté, une fois, deux fois, trois fois, rempli d’une très belle pêche. Mon propriétaire sifflotait,  sa famille aurait de quoi manger à sa faim  pour les soirs suivants. Il était temps de rentrer, le soir allait tomber et il n’aimait pas naviguer de nuit. Trop de récifs, trop de hauts fonds dans cette région, qui avaient tôt fait d’éventrer  les coques les plus solides, et sans navire, comment faire ? Il fallait un mouillage abrité et sûr, en attendant l’aube.
Nous avancions sous une jolie brise, quand un léger banc de brouillard s’est levé à l’horizon, approchant, et glissant sur nous comme un voile un peu humide. Rien que de très ordinaire.
Pourtant, quand il s’est dissipé, nous avons vu qu’un autre navire était là.
Je sais que mon propriétaire était surpris, comment était-il possible qu’il se soit approché sans que nous le voyions de loin, dans un temps aussi calme, et ce brouillard était si léger …
C’était un très beau deux-mâts, sa coque, ses cuivres brillaient sous le soleil couchant, et ses voiles étaient toutes déployées, blanches, arrondies par le petit vent qui soufflait doucement. Quelque chose était pourtant bizarre, et j’ai mis un peu de temps à comprendre, le silence !
D’ordinaire, un navire bruisse de bruits de toutes sortes. Les commandements, les marins qui se hèlent, le grincement du bois et le claquement du gréement. Et là, rien !  Pas le moindre salut, pas la moindre réponse quand John a lancé un salut. Y avait-il eu un accident ? La solidarité en mer n’était pas un vain mot à cette époque, il fallait aller voir si de l’aide était requise !
Nous nous sommes approchés, et John, attachant son petit bateau au flanc du deux-mâts est monté à bord.
Ce qui est arrivé ensuite, il l’a marmonné durant tout le temps qu’il a écrit son journal de bord, près de moi.
Il a parcouru le pont, puis les cabines, puis la cale, et tous les entreponts, et même la mature sans rencontrer âme qui vive. Fortune de mer, me direz-vous aussi,  de celle qui emporte un équipage entier dans la tempête et laisse le navire intact. John aurait été un homme riche alors !
Ce n’était pas cela.
Il n’y avait personne à bord, mais ils avaient dû être là. John a retrouvé des tasses de café chaud. Des repas encore fumants avec leurs couverts. Il a retrouvé des verres de rhum qui répandaient encore cet arôme délicieux, que seul le rhum répand. Il a même vu des cigarettes à peine entamées, qui brulaient seules, mais il n’y avait personne.  Seule la cabine du capitaine était en  désordre.
Il aurait pu réclamer le bateau comme épave, mais il en est redescendu, pâle comme un linge, et nous nous sommes éloignés aussi vite que la brise nous le permettait.
Le deux-mâts est resté là, sans bouger. Le soleil est descendu derrière lui, exactement. Etait-ce une illusion d’optique ? En passant derrière les voiles, on aurait dit qu’il se dédoublait. Pendant un bref instant il y eu deux soleils dans le ciel, deux roues énormes et flamboyantes, juste avant que la mer ne se teinte de sang.
Nous sommes rentrés et John n’a jamais rien dit, ni à ses amis, ni à sa femme, moi seul ai su.
Plus tard, il a appris que d’autres avaient découvert le navire et que des récits avaient circulé, des rumeurs, des légendes, mais jamais de certitudes.
Le nom de ce bateau ? Oh, vous le savez, la Marie Céleste.

 

 

(plus d'infos sur ce bateau ici : LINK  )

 

Publié dans les contes

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Tricôtine 06/04/2011 23:27



je préfère cette histoire du coffre !! la Marie Céleste fameux bateau fantôme , je crois que je n'avais pas bien saisi
la consigne du matelôt Hauteclaire: j'ai inventé une Légende au lieu d'en prendre une toute cuite   . Merci pour ce
défi, j'ai fait le tour du monde sur cet épisode là, les croqueurs ont bien répondu en écho dans les brumes des cabines !! bravo tu parviens à lever beaucoup "d'encres" à chaque fois !! gros
bizzzoux



Anne Le Sonneur 05/04/2011 21:54



Ce coffre qui aura sillonné sur les plus grandes mers et qui soudain est accueilli par l'humble pêcheur lui offrant son coeur. Un navire qui s'approche, le Hollandais volant et le secret
des murmures. Je poursuis ta quête...



Tinkle Bell 05/04/2011 20:27



Voilà une magnifique légende, magnifiquement racontée. J'aime ces histoires mystérieuses où rien n'est résolu et où on peut imaginer tout ce qu'on veut. Bravo !!



Catheau 05/04/2011 09:48



Furent-ils charmés par les sirènes ? Merci, Hauteclaire, pour cette version très personnelle.



Lenaïg Boudig 05/04/2011 08:44



Bonjour Hauteclaire. Superbe et captivante interprétation de la légende de la Marie Céleste, que je préfère à celle du Hollandais Volant, car elle n'a pas le côté maléfique de ce dernier. Comme
John, nous sommes troublés par cette disparition des humains qui étaient à bord mais, après tout, où sont-ils passés ? Moi je garde l'espoir qu'ils soient passés ... "ailleurs" ! Merci beaucoup,
gros bisous.