A l'abordage défi N° 62: Mémoire de tigre

Publié le par Hauteclaire

Cette quinzaine, pour la communauté des "croqueurs de mots" de Pascale c'est Lilou-Fredotte qui est à la barre et qui nous  a  demandé d'imaginer sur cette photo ...

 

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Mémoire de tigre

 

J’étais orphelin … Ma mère ? Je ne me souviens plus de ce qui est arrivé, c’est si loin. Je ne me rappelle plus que de sons, d’odeurs. Une atmosphère humide, faite de senteurs lourdes dans la chaleur. Une odeur de terre, de végétaux. Des parfums délicieux, mélange de fleurs et de fruits. De sucre et d’épices. Une lumière perpétuellement vert sombre, que de rares rais de soleil barraient d’un trait pâle et brillant comme de l’or. Nous étions près de l’eau, une eau qui coulait paisible et dans laquelle je me baignais quand la chaleur devenait trop forte. Une tiédeur tout contre moi, le corps de ma mère ? Cette tiédeur est accompagnée d’une senteur forte mais qui éveille toujours une nostalgie en moi. La fourrure de ma mère ? Puis un jour j’étais seul, perdu. Je ne sais plus comment j’ai survécu. La seule chose qui me reste est le goût du sang dans la bouche. Le mien ?
Et puis bien longtemps après, les rues poussiéreuses, sans but et sans espoir, avec seulement la haine pour lot. Je suis arrivé chez les moines et mon périple s’est arrêté. Ici est ma vie …

 

J’étais orphelin … Les rues, dans cette chaleur implacable. Une foule bigarrée, féroce, riante parfois. Des couleurs aveuglantes dont me protégeai un bras, et un voile de couleur verte. Le vêtement de ma mère ? Un souvenir imprécis, si vague que je ne suis pas sûr qu’il soit réalité ou imagination. Marcher, marcher toujours, pour trouver de quoi vivre. Un parfum de patchouli qui reste dans ma mémoire, le parfum que portait ma mère ? Je ne sais plus, seulement qu’il m’emplit de tristesse quand je le sens sur une des femmes qui vient ici, en ce lieu de repos. Et puis, je fus seul, pourquoi ? Tout cela appartient au passé maintenant. Tout ce que je sais, est que bien après il y a eu la jungle, la jungle sombre où je me suis retrouvé et les cris des chasseurs qui me poursuivaient.
J’ai été recueilli par les moines, ici est ma vie…

 

Ma vie est douce, entre prières et vie quotidienne. Pourtant la nuit je rêve de la forêt profonde et des chemins cachés sous les feuilles. Est-ce que je regrette ? Seulement une certitude, je suis le tigre sous la peau de l’homme.


Ma vie est douce, entre jeux et caresses. Mais la nuit je rêve de grands yeux bruns et du bruit de bracelets qui tintent doucement. Est-ce que je regrette ? Peut-être une autre vie me reverra-t-elle ainsi ? Je suis l’homme sous la fourrure du tigre.

 

 

Hauteclaire

Publié dans les contes

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chemindetables 26/08/2011 08:56



magnifique tes écrits


très touchants et très sensibles, des pensées de tigres bien imaginées


et j'adore les tigres, alors ton billet m'a énormément plu


bisous


patricia



françoise, La Vieille Marmotte 25/08/2011 17:47



Tout est dit ci-dessus (ou ci-dessous) ! une bien belle Fable  !



Catheau 23/08/2011 23:16



Très beau, ce dialogue nostalgique entre soi et soi.



Tricôtine 23/08/2011 19:41



Double vision, la vie des deux orphelins mêlée , très joli résultat me voilà propulsée dans un univers de sagesse et de béatitude ...pfff c'est bon tous ces parfums que je perçois sur ta page ...
un jardin un peu exotique mais un jardin de curé !! merci Hauteclaire gros bizzzoux de ce côté des tuyaux



Jeanne Fadosi 23/08/2011 17:58



une belle façon de faire parler ce tigre orphelin. et il a bien le droit de rêver tout en appréciant cette vie où on le chouchoute.


bises et belle semaine