A l'abordage, défi N° 95: le parc

Publié le par Hauteclaire

 

Bonjour amies et amis des croqueurs de mots, la communauté de Pascale

 

le-defi

 

Cette quinzaine la coquille est barrée par Lénaïg qui nous a proposé son défi en ces termes :

 

 

1) Faisons la fête au vent ! Il nous en faut pour gonfler les voiles ! Alors, laissons-nous porter ! Je crois que nous avons déjà eu le vent pour défi, mais pourquoi ne pas recommencer ? Si nous n'avons pas peur d'essuyer une tempête, affrontons-en une (tout est permis : une tempête dans un verre d'eau aussi bien qu'une tempête médiatique ou tout ce qui nous passera par la tête, même le manque de vent ...). Si nous nous sentons inspirés, nous pouvons écrire un bulletin météo, pittoresque, humoristique, déjanté ... Brise ou bise, noroît ou suroît, mistral, tramontane, foehn, sirocco, simoun, celui qui nous inspirera, puis nous pouvons le faire parler, qu'il devienne un personnage, pourquoi pas de théâtre ? Ecrire, mais aussi peindre et dessiner, pourquoi pas ! Je lance ces idées mais je ne sais encore point ce que chez moi cela va donner !

 

 

 

De Promenade au bord de l'Ehn

 

 

 

Le parc

 

J’aime ce parc, c’est un endroit où je me ressource, où je me sens en paix.

Il n’est pas immense, pas minuscule non plus. On peut y marcher dans de jolies allées ombragées, en longeant un tout petit cours d’eau. Il me suffit d’entendre le  doux clapotis du ruisseau pour me sentir apaisée. Plus loin, on débouche sur un sentier de randonnée, qui lui serpente au creux d’une vraie forêt. A cet endroit le ruisseau prend de l’importance pour devenir vraie rivière qui abrite des poissons et laisse voir un fond clair de cailloux polis  et blanchis par les déambulations de l’eau.

Plus loin encore, des champs où le blé s’élève jusqu’à hauteur d’homme, bordant la forêt et ses arbres à l’ombre épaisse.

Ce chemin, je le réserve aux beaux jours, quand le ciel a revêtu son habit le plus bleu, sans nuages et que le soleil joue à cache-cache dans les feuilles.

Profiter de la fraicheur du sous-bois, entendre le craquement des troncs, tout en admirant l’agilité furtive d’un écureuil venu guetter l’intruse que je suis dans ce monde vert et or, est un bonheur sans mélange.

Cette journée-là, il faisait tout aussi beau, mais la relative fraicheur d’un matin m’avait convaincue de ne pas m’aventurer plus avant. Il était de très bonne heure, car j’avais besoin de réfléchir avant de me rendre à un rendez-vous important pour ma carrière.

J’avais aussi besoin de me détendre. Mon Dieu quand j’y pense …

Tout ce qui peut avoir une importance cruciale à un moment, et qui se révèle totalement dérisoire quand les certitudes disparaissent.

Je marchais tranquillement, tout en repensant à ce que je devais dire pour soutenir mon projet au mieux. Cela faisait des semaines que je travaillais sur cette étude de marché, et au dernier moment le doute, le trac m’assaillaient. Une promenade improvisée s’imposait.

J’avais passé de longs moments assise sur mon banc préféré, mes papiers étalés près de moi sur les lattes dures, peintes en vert foncé. Bien souvent un délicieux pain aux raisins avait accompagné ces séances de travail en plein air. Pour faire une pause, j’étendais mes jambes, me laissant aller sur le dossier.

Le spectacle simple et frais du jet d’eau retombant en sons cristallins et ténus, dans la vasque toute simple de la fontaine suffisait à me délasser. Juste derrière la fontaine, une petite chapelle, posée sur l’herbe comme un jouet, la statue sereine de la Vierge, semblaient m’accueillir et me sourire.

J’étais seule dans le parc durant cette matinée ensoleillée. Pas de crainte, il est si tranquille. Un havre de paix dans une petite ville encore assoupie. Il fallait malgré tout que je fasse attention à l’heure, mon train pour la métropole toute proche, n’attendrait pas.

Des détails sans importance me sont restés en mémoire. Comment j’ai admiré le nouveau massif de fleurs au milieu de la pelouse bien nette. La façon dont j’ai dit bonjour au grand arbre si familier, avec une caresse sur le tronc sombre et rugueux.

Je me suis assise en serrant mon porte-documents, devant la chapelle. Un vitrail luisait au soleil et le sourire de la Vierge était toujours aussi ineffable. Je me suis dit que j’allais réussir, il ne pouvait en être autrement, je m’étais tellement préparée.

Le petit courant d’air frais m’a saisie à ce moment, me faisant frissonner. Il était vraiment froid, tranchant, dans la douceur de la matinée, m’obligeant à revenir à la réalité, après un instant de rêverie et de contemplation. Il était temps de partir.

Je me suis levée en resserrant ma veste, cette brise était décidément réfrigérante.

Sac sur l’épaule, et serviette à la main, j’ai repris l’allée au bord de l’eau, marchant d’un bon pas. Un sourire vers l’arbre, un regard pour un papillon blanc voletant de fleur en fleur dans le massif. Rien ne bougeait malgré ce vent sournois, pas une feuille, ni un brin d’herbe. Sur le sol, un bout de branche était tombé, morceau noueux et noir, abandonné par l’arbre qui l’avait créé. Je l’ai enjambé.

Une brève sensation de vertige, ce que l’on pourrait appeler un blanc. Du moins c’est ce que je crois avoir ressenti. J’étais toujours dans l’allée, marchant d’un pas pressé, et je me souviens avoir pensé que le brouillard tombait rapidement. Un brouillard totalement imprévisible qui recouvrait peu à peu la verdure du parc. Tout n’était plus que silence autour de moi. Pas le moindre frémissement des feuilles dans la brise, pas une aile, pas un chant, il n’y avait que ce silence ouaté et morne.

Les arbres n’étaient plus que des silhouettes fantomatiques allongeant leurs bras nus vers le ciel. Nus ? les branches étaient bien garnies, éclatantes de vert ! Plus loin, là-bas, là où un portillon s’ouvrait sur la rue, des volutes de brouillard s’enroulaient doucement, me dissimulant la grille ouvragée et sa poignée. J’avançais un pas après l’autre, mécaniquement. La sortie, et derrière elle la rue, la gare, mon train, tout un monde habituel et rassurant.

Un pas après l’autre, et puis ce grincement de la petite porte qui s’ouvrait toute seule. Jamais je ne l’avais vue s’ouvrir seule et les gonds bien huilés ne faisaient pas de bruit !

Mes cheveux se sont hérissés sur ma tête et j’ai fait demi-tour, me mettant à courir comme une folle. L’allée m’a paru s’être étirée sans fin, balayée par ce vent froid qui me suivait et m’enveloppait comme un drap mouillé.

La branche tombée était toujours au même endroit, j’ai bondi par-dessus.

Ensuite ? Tout à coup il faisait beau à nouveau. Le papillon butinait dans son massif, et les feuilles jouaient avec les rayons du soleil. Graduellement j’ai repris mon souffle, serrant convulsivement ma serviette sur ma poitrine. Tremblant sur mes jambes, me forçant à sourire aux quelques personnes qui arrivaient pour une première promenade, je suis repartie vers la sortie. En voyant de loin le bout de bois mort au sol, j’ai changé de chemin.

Que s’est-il passé ce jour-là ? Mauvais rêve, hallucination ? Autre chose ?

J’avais raté mon train, j’avais même raté deux trains. Je croyais n’avoir passé que quelques minutes dans le vent et le brouillard, et deux heures s’étaient envolées.

Comment, pourquoi ?

J’aime ce parc, mais je ne sais pas si j’y retournerai.

 

Publié dans les contes

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Commenter cet article

chloé 07/02/2013 18:07


Tu nous emportes toujours dans de magnifiques promenades où grâce à un descriptif riche et coloré on peut presque toucher les choses! C'est extraordinaire alors, si proche de la nature, pas
étonnant que tu ressentes, chaque brindille, chaque branche! ton texte est superbe ! Merci de ce partage.chloé

Hauteclaire 08/02/2013 00:13



Bonsoir Chloé,


un très grand merci pour ta lecture et ton ressenti. Que tu aies "vu" ce parc et ce qui s'y passe est un grand compliment pour moi


Amitiés à toi



enriqueta 06/02/2013 10:15


Une peur panique très bien racontée, je comprends cette rétiscence à y retourner.

Hauteclaire 08/02/2013 00:15



Bonsoir Enriqueta,


merci à toi ! J'aime à raconter des histoires où une réalité tranquille peut devenir tout autre.


Si tu as aimé, alors j'ai bien travaillé


Bisous à toi



Di 05/02/2013 15:01


Rien n'est oublié dans la description de ce parc où ce certain malaise s'installe à la fin. Il est beau ce parc, tu nous ne parles avec moults détails. Il me semble que je le vois comme tu le
décris. Mais il y a ce vent ... Est-ce lui ou autre chose, mais une telle impression ne me donnerait pas le goût d'y retourner, même s'il est très beau décrit dans tes mots poétiques.

Hauteclaire 08/02/2013 00:19



Bonsoir Di,


Il faut parfois peu de choses quelquefois pour qu'un cadre habituel devienne inquiétant ... Etait-ce réalité, était-ce un malaise ? Qui sait ? ce parc reste beau mais que peut-il s'y passer ?


Gros bisous et un grand merci !



josette 05/02/2013 09:14


Bonjour Geneviève, 1Q84 est un (en fait 3) livre de Murakami, un auteur que j'apprécie...tu devrais trouver des infos sur internet, je n'ai pas le temps ce matin de chercher...


bises

Hauteclaire 08/02/2013 00:20



Bonsoir Josette,


ah oui ! je connais le nom, mais je n'ai pas eu l'occasion de le lire ..


Bisous à toi, et merci



rosinda59 04/02/2013 19:48


comme c'est magnifiquement raconté. On se perd dans cette histoire à force de vivre intensément chacun de tes mots. On se prend pour l'héroine durant le temps d'une lecture et cela fait un bien
immense.


Challenge réussi à la perfection. Je reste fan


bisous et peut être à bientôt chez moi : http://rosinda59.over-blog.com

Hauteclaire 05/02/2013 02:09



Bonsoir Régine,


et merci pour ta lecture et tes mots si gentils pour cette nouvelle .


Je suis réellement très heureuse que tu aies apprécié.


A très vite chez toi ( entre écriture et monde réel, je suis perpétuellement en retard partout, il ne faut pas m'en vouloir )


Gros bisous, et belle journée