Il ne mord pas ?

Publié le par Hauteclaire

Il y a un moment que je n'ai pas écrit, n'est- ce pas ?

Pour la communauté de Pascale Tricotine, " les croqueurs de mots"   

Pascale reviens !!

 

 

Il ne mord pas ?

 

‒  Il ne mord pas ?

C’est drôle de voir à quel point on peut ensevelir les souvenirs, et encore plus de constater avec quelle violence ils peuvent vous sauter au visage, et à la mémoire, au moment auquel on s’attend le moins, le plus inattendu.

J’avais oublié …

Drôle n’est d’ailleurs pas le mot qui convient. Etonnant, dramatique, surprenant, il y aurait une foule de termes.

La question m’était posée il y a quelques temps par mon chéri du moment, avec un sourire espiègle qui est bien dans sa nature. Le tout avec une petite tape sur la tête de l’intéressé.

Le chéri s’appelle Gabriel. Je ne le connais pas depuis très longtemps, mais je pense que nous pourrons faire un bout de route ensemble. Qui sait, peut-être même envisager de faire des projets à deux.

Il est calme, gai et optimiste, qualités qui me font cruellement défaut et que j’aime chez un homme. Et surtout il est gentil.

Quant à celui autour duquel tournait sa question, il trônait, et trône sur le tapis de notre chambre, avec son air vigilant de toujours et ses yeux brillants. Il m’est infiniment précieux et me suit fidèlement de maison en maison. Vous pensez à un chien ? Une sorte de mâtin qui veille sur moi avec attention ?

Pas un chien, un tigre. Imposant avec sa fourrure rousse et ses yeux verts phosphorescents dans la nuit.

Dangereux ? Pas vraiment, ce tigre est une peluche de grande taille que j’ai toujours eue ou presque.

L’allure est fière, bien que le poil soit un peu passé, et qu’il y ait quelques reprises par-ci, par-là. Pas question qu’il quitte le pied de mon lit, là où je peux voir le regard lumineux en pleine nuit, si je ne dors pas.

Gabriel l’a très bien compris, et s’il me taquine de temps en temps, cela ne va jamais plus loin.

Mais il m’a posé cette question.

‒ Il ne mord pas ?

Immédiatement il a senti le changement d’ambiance, et m’a regardée, vaguement inquiet.

‒ Qu’y a-t-il ? Ça ne va pas ?

Je venais d’être ramenée brutalement trois ans en arrière. A cette époque … non, je ne veux même plus prononcer son nom, était entré dans ma vie. Une erreur, une très grosse erreur, je n’avais pas tardé à m’en rendre compte. Pas de brutalité, ou pas encore. Une présence insidieuse, de plus en plus pesante. Un dénigrement systématique de mon entourage, des manœuvres pour me séparer de ma famille. Des pressions pour vivre dans l’isolement, des reproches sans fin. Je crois que beaucoup de femmes, et sans doute d’hommes, ont vécu cet enfer d’un quotidien perverti.

On a l’impression d’un tunnel étouffant. Pire que tout,  on ne sait plus comment faire pour s’en sortir, englué dans toile tendue par un autre agrippé à votre âme.

Je sentais que le danger se rapprochait, Mes tentatives d’éloignement avaient lamentablement échoué. Les disputes, moi qui les ai en horreur, se faisaient plus nombreuses. Je devrais plutôt parler d’une litanie ininterrompue de griefs et de jérémiades qui m’épuisait, me faisait céder et reculer.

Pourtant le regard en disait long, et je savais qu’un drame, un vrai danger, n’allait pas tarder.

Cet instant a fini par arriver, un soir, après une énième discussion. J’avais fini par dire que je voulais le quitter, ou à tout le moins faire une pause dans notre relation.

Bien sûr nous resterions amis, les formules consacrées en la circonstance.

J’avais pris une gifle magistrale, suivie d’excuses mielleuses sensées me convaincre que cela n’arriverai plus jamais. Que seul son amour et la peur de me voir partir avait provoqué le geste.

Je n’y croyais pas un seul instant, bien évidemment, et drapée dans ce qu’il me restait de dignité, je quittais la chambre, la mienne pourtant, pour essayer de me reposer sur le canapé du salon.

Dormir ? Je n’y songeais pas. Réfléchir, réfléchir encore, à la meilleure façon de me sortir de cette situation. Aller dans ma famille, à l’étranger, toutes les idées les plus folles se succédaient en rangs serrés.

En me voyant sortir il avait donné un coup de pied rageur au tigre :

‒ Et lui, il va me mordre ?

Finalement, ce n’était pas tout à fait la même chose. J’avais fermé doucement porte, et le canapé m’avait accueillie en ami de tout temps.

J’avais finalement dormi, tout de suite. L’émotion sans doute. Un sommeil profond, sans interruption. Peuplé d’images troubles, obsédantes et informes. De bruits aussi, mais lesquels ? Impossible encore maintenant de m’en souvenir et de dire.

Je me suis réveillée avec le jour et un rayon de soleil. Tout de suite, j’ai ressenti cette merveilleuse impression de calme, de sérénité et même de gaité. Etait-ce possible. Je n’osais y croire.

Il n’y avait personne dans l’appartement, plus personne, comme s’il n’avait jamais été là.

Il était parti pendant que je dormais ? Incroyable ! D’autant qu’il avait laissé ses affaires répandues un peu partout. Pour un maniaque de l’ordre, c’était tout aussi curieux. Je m’en suis débarrassé, et j’ai déménagé peu après.

Je n’ai plus jamais entendu parler de cet homme.

‒ Ça ne va pas ?

Le ton de Gabriel était monté d’un cran, franchement inquiet cette fois.

‒ Si, si. Très bien !

J’ai fait un clin d’œil au tigre, ferme à son poste, silencieux.

Il ne mord pas ? Qui peut dire…

Il n’y a plus trace de la tache rouge qui maculait la fourrure de son menton.

 

 

( Je m'empresse de dire que c'est fiction pure ... mais un oeil vert me regarde ...)

 

Bisous !

 

Publié dans les contes

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Renée 04/02/2014 12:55


Je feuillette un peu tes pages car voici bien longtemps que je n'étais pas passée...


J'espère que tu va bien et si je ne l'ai pas fait, te souhaite une très bonen année...Amitiés

flipperine 29/10/2013 23:11


un beau texte

Monelle 27/10/2013 09:27


Une belle histoire bien mystérieuse que Tricotine va sûrement aimer !!!


Bon dimanche - gros bisous



Hauteclaire 27/10/2013 15:31



Merci Monelle


vraiment heureuse que tu aies apprécié. Quant à Tricotine, j'espère qu'elle aura le temps !


Gros bisous et bon dimanche à toi



Nina Padilha 26/10/2013 14:29


Toujours cette facilité d'écriture et cette imagination débordante...
Bisous, ma belle !

Hauteclaire 27/10/2013 15:42



Merci Nina,


c'est vraiment très gentil de lire et de m'encourager !


Gros bisous de la capitale dans la boucaille



LADY MARIANNE 26/10/2013 10:38


bonjour !!
je viens de chez Tit-Annick te souhaiter un bon et heureux anniversaire-
amitiés !!

Hauteclaire 27/10/2013 15:50



Merci, mille merci Marianne,


je suis très sensible à ce message !


Amitiés à toi, en te souhaitant un heureux dimanche