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Le hasard d’une promenade m’avait fait découvrir ce petit hôtel particulier et la petite pancarte de location discrètement affichée sur une des fenêtres du premier. Séduite par la façade, la
charmante voie privée et le grand jardin, j’avais téléphoné et pris rendez-vous pour visiter.
J’avais été reçue par la propriétaire, une très jolie femme d’une cinquantaine d’années, qui m’avait expliqué que ses deux fils ayant quitté la maison, elle et son mari voulaient profiter de leur
liberté pour voyager, et ne plus avoir autant de charges. L’hôtel avait donc été divisé en appartements, eux gardant le rez-de-chaussée, le premier et le deuxième en ayant chacun deux
appartements.
Restait libre un de ceux du deuxième, que j’ai découvert avec ravissement. Un grand salon, une chambre spacieuse, et tous les aménagements d’un logement moderne avaient été faits, voisinant avec
le parquet de bois ciré et patiné, les plafonds à moulures, et une vue sur le jardin, qui à elle celle valait le prix demandé.
L’affaire fut vite conclue, et j’emménageais le mois suivant. La propriétaire vint me voir, alors que j’étais en plein milieu des cartons, pour me remettre un deuxième trousseau de clés, et me
signaler une petite porte dans ce qui était mon entrée, porte à laquelle j’avais peu fait attention jusque là. Elle m’avait vaguement parlé d’un débarras, au moment de la visite, en fait j’avais
droit à un petit grenier qui se trouvait sous le toit, heureuse surprise, car j’avais beaucoup de choses à ranger, et pas forcement la place dans l’appartement.
Elle me proposa très gentiment d’envoyer quelqu’un pour nettoyer, car, disait-elle en riant, plus personne n’avait mis les pieds dans le grenier depuis des siècles.
Je l’ai remerciée chaudement et je suis retournée à mes cartons, la soirée passant à toute allure, dans cet exercice exténuant qu’est un déménagement.
Les jours suivants s’envolèrent de même, et mon contentement d’être arrivée dans cette demeure grandissait, profitant du calme en pleine ville, et de la convivialité d’un voisinage si réduit.
Finalement, une fois bien installée, je me suis décidée à visiter ce que j’ignorais encore de mon petit domaine, le grenier.
J’ai pris la clé, restée dans le vide poches, et ouvert la porte. Il faisait très sombre, mais j’eus la bonne surprise, en appuyant sur l’interrupteur, de constater qu’une ampoule fonctionnait
toujours, répandant une lumière jaune.
Devant moi se dressait un escalier de bois sombre, bordé d’une rampe assez travaillée de la même couleur. Sur les marches, il y avait encore un tapis aux teintes passées, retenu par des barres en
laiton. Le tout était couvert d’une épaisse poussière, et je vis que le tapis, par endroits, tombait en lambeaux. Je me promis de profiter de l’offre de nettoyage faite, et entamait l’ascension
avec prudence, en posant le pied sur la première marche, éprouvant sa solidité.
Le bois craqua, mais ne montra aucun signe de faiblesse, et je poursuivis, réprimant mon envie d’éternuer due à la poussière. Ma main sur la rampe laissait des marques, comme mes semelles sur le
tapis, et les marches grinçaient doucement sous mon poids. De plus près, je vis que l’essence utilisée avait sûrement été rare et coûteuse, d’un brun presque noir, lissé et poli. Les murs étaient
recouverts d’un lambris, jusqu’à mi-hauteur de ce même bois, et je me suis fait la réflexion qu’une fois la poussière ôtée, ce serait superbe, peut-être de quoi faire un petit atelier pour de la
peinture et du dessin, mes loisirs préférés.
Il y avait une trentaine de marches, avant d’arriver au grenier proprement dit, que je montais lentement, ne voulant pas risquer un accident. En haut, les deux dernières grincèrent avec plus de
vigueur, exprimant leur âge en un craquement de bûche dans une cheminée, sans pour autant paraître fissurées. Le petit palier était barré par une porte que je m’empressais d’ouvrir avec la même
clé. Le grenier était tel que je me l’étais imaginé, presque blanc de poussière, pas très grand. Un œil de bœuf aurait dû l’éclairer, n’eut été la crasse qui le recouvrait. J’ai quand même
réussi à l’ouvrir un peu, pour respirer de l’air frais, et voir la pièce. J’avais eu raison, elle ferait un atelier parfait après un dépoussiérage en règle, qui ferait apparaître ce bois
magnifique et omniprésent.
Un seul objet était resté, en plein milieu , un gros coffre, d’aspect aussi ancien que le reste, fermé par de grosses ferrures ouvragées. Mon cœur s’est mis à battre d’excitation devant le rêve
de tous les enfants, et je me suis penchée pour l’ouvrir.
J’ai été quand même étonnée de constater qu’il n’était pas fermé, en soulevant le lourd couvercle, avant de jeter un regard avide à l’intérieur. Quelle déception de voir qu’il était vide,
absolument vide ! Il y avait juste une vague odeur de fleurs, un peu écœurante, qui m’a enveloppée, avant de s’évanouir.
Je l’ai refermé doucement, fermé la fenêtre, et j’ai redescendu l’escalier, faisant grincer les deux marches supérieures avec plus de force encore.
Le lendemain j’en parlais à la propriétaire, qui s’est exclamé :
– Le coffre ! Mon Dieu, je n’y pensais plus du tout. Il appartenait à mon grand-père et nous n’avions pas le droit d’y toucher, et mes garçons non plus. Ce n’était pas un homme facile, et
nous filions tous très doux devant lui. Il l’avait ramené d’orient je crois. Vous l’avez ouvert ?
Je crois qu’elle a été aussi déçu que moi du vide de l’objet.
Elle a fait faire le ménage promis, l’escalier est débarrassé de la poussière et du tapis mité, et brille de tout son éclat sombre. Comme les lambris et le parquet du grenier. Le coffre est parti
je ne sais trop où, la pièce est vide.
Vide ? Depuis ce moment là, j’entends marcher la nuit, au dessus de moi, un pas très léger, un peu traînant, et hier les deux premières marches ont grincé.
(pour la communauté de Brunô, les croqueurs de mots.
Thème de cette semaine: l'escalier)
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