La cour d'amour (Fin ) nouvelle épistolaire

Publié le par Hauteclaire

 

 

 

Gentil seigneur, mon tendre chevalier,

Ces mots que je lis, ces paroles d’amour qui pénètrent mon âme plus profondément que ne pourrait le faire l’acier le plus dur dans ma chair, et qui auraient dû combler mon être de joie, me font répandre un torrent de larmes, qui se mêlent à l’encre que vous avez tracée pour moi.

Vous m’aimiez et je l’ignorais.

Vous aviez daigné voir la femme bien imparfaite que je suis, bien peu digne de votre attention, et je n’ai pas compris ce regard.

Enfermée dans mon chagrin je n’ai su comprendre ce que vous attendiez de moi, et les jours ont fui, stériles et vides.

Ce chagrin à présent n’a plus de limites, car mon père, ignorant tout de cet attachement naissant, m’a promise en noces au sire Maudred.

Mon père est un cœur noble, et il ne vous est point hostile, mais il ne peut plus défaire ce qui a été fait et promis devant le roi son frère, et devant Dieu.

Je me dois de lui obéir, pourtant je ne puis me résoudre à une telle union, qui me condamnerait à une vie de tourments sans limites et entrerai comme novice au couvent royal afin de laver ce déshonneur que ma folie a créée. Là, je prierai pour le salut de mon âme, sans cesser de penser à vous, qui avez été la lumière de ma vie.

Soyez heureux, gardez dans votre mémoire une infime place pour celle qui vous a aimé plus qu’elle ne sait le dire.

 

Ma douce, ma tendre,

La révélation de votre amour aurait dû être le seul jour de ma vie méritant le nom d’existence, et pourtant ce jour a été aussi celui de ma mort au monde.

Voilà qu’un sort funeste me devance, moi qui me préparait à demander humblement votre main à votre père, et vous arrache à moi.

Vous êtes déjà promise.

Cette révélation en a terminé avec ma vie, je ne suis plus désormais qu’une ombre sur cette terre.

Dans mon égarement j’ai voulu défier messire Maudred dans la lice royale, pour vous reprendre, ou à tout le moins perdre cette vie qui ne m’est plus rien, mais mon suzerain le roi, dans sa grande sagesse, a interdit cette joute funeste.

Il ne me reste plus qu’à partir en des terres lointaines, combattre pour la gloire de mon royaume, en laissant passer les jours comme autant de fardeaux. L’écharpe d’étoffe aérienne que vous aviez perdue en ce jour illuminé de notre rencontre, ne me quitte pas, et je continuerai de la porter contre mon cœur tant que celui-ci continuera de battre, pour mon plus grand malheur.

Je vous conjure de renoncer à ce triste projet, vivez heureuse et sans regrets, ayez une famille, elle vous chérira bien mieux que je n’aurais su le faire.

 

– Messire chirurgien, dites-moi, va t-il mourir ? et ne me ménagez point.

– Je l’ignore Madame, le chevalier est fort, mais on dirait que sa volonté l’entraîne plus vers le royaume des ombres, que vers celui des vivants.

Quand il est entré en lice, portant fièrement la lance et le bouclier, un frisson parcourut la foule, jamais plus noble combattant ne fut aperçu en tournoi. Jamais humain ne vit chevalier méprisant tant la mort s’incliner devant le roi, avant d’abaisser la lance et de pousser son

Destrier, galopant au-devant de l’adversaire, poitrine offerte, malgré l’armure.

Les autres jouteurs ne pouvaient l’atteindre, il en défit un, puis deux, puis trois, d’autres ont suivi dans la défaite, et rien ne semblait pouvoir l’atteindre. Rien, jusqu’à…

– Parlez, messire chirurgien, je dois savoir.

– Jusqu’à l’entrée de sire Maudred.

– Aurait-il abaissé sa lance ? Malheureuse que je suis, cause de sa mort !

– Nullement Madame, il a jouté vaillamment, mais au troisième engagement, il a semblé avancer plus hardiment que jamais, sans tenir sa garde.

La pointe de la lance a pénétré l’armure, et la poitrine, et le chevalier serait déjà mort si inexplicablement cette étoffe qu’il portait à même la peau n’avait dévié le fer. Tenez, la voici, rougie de son sang, et déchirée.

Mais vous pleurez !

– Mon amour, vivez, vivez pour moi, Maudred dans sa grande bonté a rendu sa parole à mon père, et le roi nous bénit.

Chirurgien, va t-il vivre ?

– Je le crois Madame, le sang ne coule plus et le souffle se fait plus fort.

 

Ainsi se fini cette geste de la cour d’amour, laissons les deux amants enfin réunis vivre une destinée de tous temps écrite, et vous qui lisez, n’oubliez qu’amour vrai est don précieux.

 

 

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Tableau desir Edward Burne Jones

Publié dans les contes

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vanessa1981 26/10/2010 09:08



Un p'tit passage du jour pour te souhaiter une belle journée!!!!!


bisous



Hauteclaire 27/10/2010 16:15



Merci Vanessa