La Saint Patrick de Cyril

Publié le par Hauteclaire

 

 

flower.gif

 

 

 

‒ Alors Cyril, cette fête de saint Patrick dans le  site irlandais, ça c’est bien passé ? Claironna la fée Lilas, en arrivant dans le salon du dragon.

‒ C’était passionnant, mais par pitié fée Lilas, moins fort !

La fée ne put s’empêcher de pouffer en voyant la mine barbouillée, l’œil flou, l’écaille pâlichonne et l’élocution pâteuse d’un dragon mal réveillé. Elle fit malgré tout preuve d’une certaine compassion en demandant, tout en baissant la voix :

‒ Whisky ?

‒ Pur malt, vingt ans d’âge, irish chocolat.

‒ Evidemment, tu n’es pas habitué. C’est  assez fort.

‒ Et s’il n’y en avait eu qu’un ! Mais difficile de refuser sans vexer, surtout dans une occasion comme celle-ci.

‒ Quand on est invité, c’est en effet plutôt délicat. La soirée chez O’Malley s’est prolongée tard ?

‒ Nous n’avons pas passé la soirée chez lui ! Il a insisté pour nous emmener au pub, fêter avec ses amis.

La fée étouffa un petit sifflement, avant de se reprendre, en lissant sa robe d’un air digne, qui échappa totalement à Cyril :

‒ Vous étiez au pub ! Je comprends mieux maintenant.

‒ Vous avez déjà assisté à ce genre de soirée ?

‒ Et bien, pour tout te dire, il y a souvent des réunions et des congrès de fées et d’elfes dans les sites irlandais. Tu sais qu’ils sont très actifs, plus que partout ailleurs, et ils sont beaucoup plus souvent en relation avec le monde réel. Ils aiment faire la fête, alors … Mais où est Abby ?

‒ Elle est partie ce matin de bonne heure pour naviguer toute la journée sur le Dénébola. On avait besoin d’elle.

‒ Elle n’est pas trop fatiguée ?

‒ Abby ? Oh non ! Elle est habituée aux tournées de rhum du bord, et elle a sûrement fait plus attention que moi. Elles étaient réunies à une table entre épouses, et elle s’est bien amusée !

‒ Raconte-moi un peu !

Cyril tenta de rassembler ses idées, tout en s’asseyant dans un des larges fauteuils de son salon, devant la cheminée. Tout en parlant la fée Lilas lui avait préparé un thé fort. Il valait mieux, avait-elle dit, le chocolat habituel n’aurait fait que lui donner mal au cœur. Cyril reconnaissait qu’elle avait eu raison, son mal de crâne s’estompait doucement.

Comment la soirée avait-elle commencé ?

‒ Après l’affaire du tableau chez sir John, nous avons été invités chez les O’Malley, des amis de sir Derek.

‒ Oui, je me souviens que tu m’en avais parlé.

‒  Nous devions passer l’après-midi seulement. Après le déjeuner, O’Malley nous a fait faire la visite d’une distillerie et nous a présentés à tout un tas de monde. C’est ainsi que de fil en aiguilles, nous avons été invités au pub « le cygne d’argent » pour la soirée.

Les images revenaient dans la mémoire du dragon, les ambiances et les couleurs du pub, quelle soirée !

Ils étaient arrivés vers huit heures, et de l’extérieur on aurait pu croire qu’une émeute était en cours dans le joli bâtiment de briques rouges. Le cygne de l’enseigne se balançait doucement dans la brise du soir, et les maisons du petit village paraissaient bien silencieuses et tranquilles, toutes lumières éteintes. Forcément, avait dit O’Malley, ce soir tout le monde est au pub, hommes et femmes. Même les enfants sont là, à l’étage, sous la surveillance d’une gouvernante.

Ils étaient entrés sous les vivas d’une foule souriante et enthousiaste. Abby avait été littéralement enlevée par deux femmes à la chevelure de feu, qui voulaient tout savoir sur sa vie à bord d’un vaisseau pirate. Cyril avait juste eu le temps de voir qu’elle était à une table, très entourée, et que la conversation allait bon train, avant de lui-même se retrouver au milieu d’un groupe compact, une tasse de chocolat dans la patte, sans savoir comment elle était arrivée là. Ce n’était pas un chocolat ordinaire, il était recouvert d’une magnifique couche de crème, et un parfum magique en montait. Celui du cacao, mélangé à l’arôme d’un whisky pratiquement hors d’âge. Autour de lui, les convives avaient des verres du liquide ambré, ou de grandes chopes de bière O’Malley, connaissant son goût du chocolat avait commandé pour lui cette version très spéciale de la boisson traditionnelle.

Le dragon avait ensuite été installé sur un divan recouvert de cuir, avec O’Malley et ses amis, et avait pu regarder autour de lui avec plus d’attention. Le pub était assez grand, une salle en longueur, éclairée par des lampes aux abat-jours orangés, qui répandaient une lumière chaude et douce sur le sol en carreaux de terre cuite.

Un bar traditionnel, en bois sombre recouvert de métal brillant, devant lequel on trinquait avec ferveur. Le grand miroir derrière le bar était pratiquement entièrement recouvert de photos, de blasons, de fanions. Un barman d’aspect solide, le visage un peu rouge, officiait avec rapidité, pendant qu’une femme souriante apportait aux tables des plateaux chargés de verres et de chopes. Les murs étaient de briques crues, dans le beau ton orangée des lumières, et des vitrines brillaient, enfermant d’autres étendards, des affiches anciennes, des décorations militaires. Tout respirait le respect des traditions et la bonne humeur générale, jusqu’à la lourde table de chêne sur laquelle les convives posaient leurs verres en attendant qu’ils se vident… ou se remplissent.

O’Malley lui expliqua à l’oreille que bien des célébrités étaient venue dans ce pub très réputé, et que les photos sur le miroir s’entassaient là depuis … oh là ! On ne savait même plus depuis quand !

Les tournées s’étaient succédées, dans le feu roulant des conversations sur les vies de chacun dans le monde du web. Cyril avait été soumis à un interrogatoire en règle et chaudement félicité pour son intervention dans l’affaire du tableau chez sir John. Ensuite il avait dû donner son avis sur différentes équipes de rugby, et avait été propulsé jusqu’à un tournoi improvisé de fléchettes, le tout dans une ambiance digne d’un stade en pleine coupe du monde. Il avait été heureux de regagner son canapé pour souffler un peu devant un autre chocolat, tout en se demandant s’il ne devait pas aller chercher Abby pour rentrer avant que la nuit soit trop avancée. La demande un peu timide faite à O’Malley avait été accueillie avec un grand rire et une claque amicale dans le dos :

‒ Tu ne vas pas vouloir partir maintenant ! La soirée est à peine commencée !

A peine commencée ! Un coup d’œil sur la large pendule fixée au-dessus du bar montrait qu’il était deux heures du matin. Il ne veillait pas souvent si tard.

Autour d’une table voisine, une mélodie monta, reprise en chœur par toute l’assemblée, et Cyril qui adorait chanter, se risqua à reprendre le refrain :

‒ Un toast pour notre invité, Cyril !

‒ A Cyril ! Et vive l’Irlande !

Le toast à peine porté, laissant un dragon ravi et plein de confusion, le brouhaha repris avec une intensité renouvelée, quand soudain, la porte s’ouvrit en grand, laissant entrer un courant d’air froid et le parfum boisé de la forêt toute proche.

 

A suivre ...

Publié dans Cyril le dragon

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Domi de domandalas 04/04/2012 16:41


une histoire bien sympa, bien entraînante, mais qui arrive dans le froid ? Ton histoire donne envie de lire la suite.Cyril est un personnage attachant, enchantant, charmeur.  Bravo
Domi 

Hauteclaire 08/04/2012 04:33



Merci Domi


mon Cyril est la crème des dragons, je suis bien de ton avis


Gros bisous à toi



jill-bill.over-blog.com 04/04/2012 09:24


Tchin Cyril....  Bonne journée Geneviève ! Bizouxxx

Hauteclaire 08/04/2012 04:34



Merci Jill


Levons nos verres à l'amitié !


Gros bisous



ZAZA 04/04/2012 08:58


J'aime bien c'est petits feuilletons, mais il faut que je remonte au précédent pour me remémorer le fil de l'histoire. Bises et bon mercredi -  ZAZA EKLABLOG

Hauteclaire 08/04/2012 04:34



Merci Zaza,


j'espère que tu aimeras la suite ..


Gros bisous



Mireille. 04/04/2012 08:43


j'attends la suite avec impatience..Bisous.

Hauteclaire 08/04/2012 04:35



Merci Mireille


j'espère que cette suite te plaira


Gros bisous