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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 13:00

Vous ne savez pas ? Cette aventure est arrivée à Cyril quand il était tout nouvellement arrivé dans le monde du net et le royaume Pc.

Croyes-moi, il s'en souviens très fort !

 

merlin-par-Sonia.jpg

 

 

Cyril rentrait du blog de Cerise, après une autre journée bien remplie. Il était un peu fatigué, et baillait à s’en décrocher la mâchoire. Depuis que les pirates étaient arrivés pour présenter leurs histoires, en plus des siennes, il y avait d’avantage de monde. Il avait donc plus de travail de présentation. Il devait reconnaître aussi qu’il avait beaucoup navigué ces derniers jours, aussi bien à bord de l’Altair, que du Dénébola. Le second de l’Altair, John le rouge, avait entrepris de lui apprendre à tenir la barre, ce qui le ravissait. Il allait tout aussi souvent sur le Dénébola pour voir Abby, la dragonne figure de proue. Heureusement les deux capitaines s’étaient réconciliés, et ses allées et venues entre les navires ne posaient pas de problèmes. Le capitaine du Dénébola ne lui en voulait pas pour ses voiles carbonisées, seule Viveca, la sirène de l’Altair, figure de proue elle aussi, prenait une mine pincée quand elle voyait les deux dragons s’envoler ensemble. Une vraie chipie ! Ils retournaient régulièrement sur la plage, et les cocotiers étaient les témoins de leurs courses poursuites aériennes, autant que les pirates qui mouillaient là pour se partager les butins, et qui riaient de les voir.

Justement la soirée s’était déroulée en jeux, et Cyril avait un peu mal aux ailes d’avoir tant fait de cabrioles pour impressionner Abby. Ils s’étaient quittés à regret, se donnant rendez-vous pour le lendemain.

Cyril était malgré tout content de retrouver son lit, quand il entendit que quelqu’un l’appelait. Un page au service de Magnus Discus arrivait en courant, plutôt essoufflé :

     ‒  Cyril ! Où étais tu passé ? Magnus Discus te demande sans délais !

Comme à chaque fois que le mage maître du royaume Pc le faisait appeler, Cyril sentit

une certaine angoisse. Il avait beau savoir que le mage était très gentil sous ses dehors bougons, ses grands pouvoirs l’impressionnaient. Il emboîta donc le pas au serviteur, lui demandant s’il savait de quoi il s’agissait :

     ‒  Je sais qu’il y a quelqu’un d’important avec Magnus, c’est tout ce que je peux te dire, je viens de prendre mon service. Je n’étais pas là quand il est arrivé.

Cyril n’en était pas plus rassuré quand il entra chez Magnus, à la suite du page. Magnus se tenait à sa table de travail, des documents empilés devant lui, comme à son habitude. Un peu en retrait, dans la pénombre du soir tombant, un autre personnage se tenait. Cyril lui jeta un regard curieux, sans vouloir le dévisager.

     ‒  Viens petit Cyril, fit Magnus,

Le personnage s’avança en même temps, regardant Cyril intensément. Il paraissant plus jeune que Magnus, avec ses cheveux blonds, ses yeux clairs, sa haute stature. Il portait l’armure des hommes d’armes, recouverte d’un long manteau sombre de mage. Il tenait dans sa main un grand bâton de bois sculpté, surmonté d’une tête de dragon, dont les yeux de rubis brillaient à la lumière du feu dans la cheminée. Cyril sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, ce ne pouvait être….

     ‒  Viens Cyril, que je te présente à messire Merlin.

C’était bien lui, l’intuition de Cyril ne l’avait pas trompé. Merlin ! Le mage entre les mages, le maître qui se servait de la magie du grand dragon des origines du monde des enchantements et des légendes pour accomplir ses sortilèges. Tous les dragons lui devaient obéissance, mais bien peu pouvaient prétendre l’avoir rencontré, et il était là, devant Cyril, qui en resta pétrifié, sans pouvoir dire un mot. Même Magnus Discus semblait moins important en sa compagnie.

Merlin lui sourit avec bienveillance, amusé par l’émoi évident du petit dragon.

     ‒  Ne sois pas timide, intervint le maître du royaume Pc,

Messire Merlin, a besoin de tes services.

     ‒  De moi ? réussit  à dire Cyril, d’une voix étouffée.

     ‒  Cerise a fait entrer plusieurs récits de la table ronde dans ses fichiers, ils seront édités dans le blog, où tu devras les présenter. En attendant, messire Merlin, qui surveille tous les récits qui sont fait de sa légende, a vu que quelque chose n’allait pas, et il a besoin d’un dragon.

Cyril qui se sentait complètement abasourdi devant une telle demande, balbutia :

     ‒  Et Fantasty ? Il a tellement plus d’expérience que moi.

Merlin intervint, parlant d’une voix douce et claire, teintée d’accent gaélique :

     ‒  C’est toi que j’ai choisi, petit. Tu vas m’accompagner dans Brocéliande. Je te dirai en chemin ce que j’attends de toi.

Cyril s’inclina avec respect, incapable d’en dire plus. Merlin se retourna vers Magnus, qui s’était levé, et les deux mages se saluèrent d’une ferme poignée de mains. L’enchanteur sortit des appartements de Magnus, marchant à grands pas, suivi par un Cyril muet d’émotion et de timidité, volant au ras du sol.

L’entrée de la connexion qui menait au fichier fut vite atteinte, et s’ouvrit devant les deux compagnons. Merlin entra, disparaissant un instant aux yeux de Cyril, qui s’engagea à son tour dans le fichier. Il se retrouva dans la lumière tamisée d’un sous-bois, que les rayons du soleil ne pénétraient pas complètement, se contentant de caresser le sol en traits dorés. Immédiatement son nez sensible capta des odeurs de feuilles, de fleurs, d’animaux sauvages. Une odeur de terre aussi, d’arbres et de sève, un pur délice !

La voix de Merlin le ramena au présent et à sa mission :

     ‒  Nous voici dans Brocéliande, nous devons la traverser, et une fois arrivés je te dirai ce  que tu dois faire.

     ‒  Bien messire ! Fit Cyril, émerveillé ce qu’il découvrait. Une telle forêt, luxuriante, débordante d’énergie et de magie, ne pouvait exister qu’en légende, et pourtant il s’y trouvait. Merlin s’était déjà éloigné quand le dragon, sortant de sa contemplation, s’aperçut qu’il était resté sur place, et dû se dépêcher pour le rejoindre. Ils avancèrent ainsi de concert, Cyril devant lutter pour ne pas s'écarter à tout moment pour respirer une fleur, courir derrière un cerf qui avait montré le bout de son nez, ou voler jusqu’à la cime des arbres centenaires.

Merlin l’appela à mi-voix, le mettant en garde :

     ‒  Reste bien près de moi. Nous traversons le domaine de Morgane, il faut être très prudent.

Cyril réprima un petit frisson : Morgane, la fée aux pouvoirs presque aussi grands que ceux de Merlin, qui luttait depuis toujours pour lui ravir son domaine, était aussi dans la forêt ? Tout paraissait calme, mais il mit ses pas dans ceux de son mentor. Bien lui en prit, un éclair de cheveux blonds se montra sur sa droite, et Morgane apparut. Elle était grande et mince, habillée d’une robe bleu sombre, brodée des symboles de sa magie.

     ‒  Laisse-nous passer, Morgane !  s’écria Merlin, levant son bâton.

     ‒  Et pourquoi devrais-je vous permettre de traverser mon royaume ?  rétorqua celle-ci, s’avançant en travers de leur route.

     ‒  Surtout accompagné d’un dragon dont je ferais bien mon serviteur, pour m’aider quand je prépare un charme.

Les deux magiciens se toisèrent du regard, aucun n’étant disposé à céder, et Cyril sentit la peur s’infiltrer à l’idée de devoir servir une si redoutable personne. Merlin finit par déclarer :

     ‒  Je dois réparer Excalibur, et ce dragon va m’y aider. Si tu interviens, c’est toute la légende qui en sera perturbée, et toi avec. Tu ne peux être sûre de  survivre si l’épée disparaît, pas plus que moi.

Morgane pâlit un peu à ces mots, paraissant réfléchir :

     ‒  Vous pouvez passer. Mais la lutte reprendra dès que Excalibur sera restaurée.

Le ton était menaçant, et Cyril frémit en devinant de quoi était capable Morgane (tous les dragons devinent la magie) mais elle s’écarta, les regardant passer, le visage impassible, ses yeux verts brillants comme des pierres précieuses, de colère contenue.

Ils s’éloignèrent, et Cyril put respirer plus normalement. Ce qu’avait dit Morgane le frappa tout à coup :

     ‒  Vous aider à réparer Excalibur, messire Merlin ? finit-il par demander, plus que surpris.

     ‒   Oui, elle s’est brisée près du rocher où elle doit attendre qu’Arthur la prenne.

     ‒  Et la Dame du lac ?   hasarda Cyril.

     ‒  On ne peut faire appel à elle qu’une fois tous les cents ans, et ce temps n’est pas venu. Je dois la refondre, et il me faut un dragon pour un tel feu.

Tout en parlant, ils étaient arrivés dans une vaste clairière où un très gros rocher en plein milieu attirait le regard. Merlin s’avança, et dans l’herbe haute, ramassa les deux morceaux d’une épée à la garde ornée de pierreries. Le métal brilla au soleil, et Cyril se sentit très impressionné de voir de ses yeux un objet aussi célèbre. Merlin déposa les deux morceaux sur le rocher, reconstituant l’unité de l’arme, et appela Cyril :

     ‒  Viens petit dragon, et souffle sur Excalibur, afin que je puisse reforger le métal. Souffle le feu pur des dragons, celui qui a créé la terre des légendes.

Comme en rêve Cyril approcha, prit une profonde respiration et cracha une flamme presque blanche, tant elle était brûlante. Il ne se croyait pas capable d’une telle chose, et en resta muet de surprise. Le métal palpita, et reprit sa place, reformant une lame droite et dure. Merlin la brandit, la levant vers le ciel, en offrande, puis d’un geste large et puissant la ficha dans la roche, jusqu’à la garde. Toute la forêt reprit vie après un moment de parfait silence, le cours de la légende était rétabli, et Merlin se tourna vers Cyril :

     ‒  Merci petit, tu as permit que ce récit continue de vivre. Tu en seras récompensé.

Tout en parlant, Merlin prit un objet dans sa poche, et le tendit à Cyril. Une branche de gui, le végétal des druides, porteur de leur magie. Il s’en saisit, et tout à coup le paysage se troubla, s’obscurcit, un coup de tonnerre résonna.

Cyril se redressa d’un bond…pour se retrouver sur son lit. Il était dans sa chambre, et un coup d’œil par la fenêtre lui montra que l’aube pointait à peine, le ciel était encore gris bleu, strié de rose. Il était trop tôt pour se lever, et il se rallongea avec délice, étirant ses ailes et ses pattes. Ouille ! Encore des courbatures aux ailes ! Une porte avait dû claquer pour le réveiller ainsi en sursaut.

Quel joli rêve, se dit-il, dans un demi-sommeil. Où pouvait bien être Merlin maintenant ? Personne ne l’avait vu depuis si longtemps.

‒ Je suis dans les songes de tous les dragons, murmura la voix à l’accent ancien. Cyril se redressa à nouveau, et incrédule la vit.

La branche de gui, posée sur sa table de nuit, bien en évidence.

 

 

                                                                                              *****

 

J'en profite pour vous faire connaître Sonia Hivert, qui a fait ce dessin tout exprès pour Cyril.

Les personnes qui ont lu les aventures de Cyril en livre, ont vu ses dessins et peintures, mais peut-être pas vous.

C'est elle qui m'a fait découvrir le dragon, et donc elle est sa première marraine !

Pour voir ce qu'elle fait, c'est ici : lien

et là : lien

Son art est très original et coloré, et il y a plein de jolies choses pour la jeunesse, n'hésitez pas !

 

Bonne visite !

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Published by Hauteclaire - dans un dragon pour ami
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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 07:00

 

Vous savez bien sûr que Cyril a des amis pirates ? Et que c'est sur un des bateaux qu'il a rencontré Abby ? Mais vous ne savez pas encore comment il a fait leur connaissance !

 

heart dragon

 

 

Comme tous les matins, Cyril se dirigeait vers le blog de Cerise, quand un bruit étrange lui fit dresser l’oreille :

Clip clop, clip clop.

Qu’est-ce que ça pouvait bien être ?

Au détour du couloir il se trouva en face d’un étonnant personnage.

Il portait un grand chapeau noir, par-dessus un foulard rouge qui lui enserrai la tête, une chemise à jabots, largement ouverte sur la poitrine. Une veste avec des pièces multicolores, un pantalon à larges rayures, s’arrêtant aux genoux complétaient l’ensemble. Le pantalon découvrait d’un côté une jambe poilue, chaussée d’une botte à larges rabats, de l’autre un pilon de bois. C’était ce pilon qui faisait le bruit curieux que Cyril avait entendu.

La tenue de l’homme était rehaussée d’un sabre court fixé à la ceinture, d’un anneau à l’oreille et d’un bandeau sur son œil gauche. Un pirate ! Ce ne pouvait être qu’un pirate, se dit Cyril, qui en avait vus de loin, dans d’autres blogs. Il restait expectatif, quand l’homme s’adressa à lui d’une voix tonitruante :

     ‒  Par la corne de Belzébuth, moussaillon, nous venons d’accoster dans ce port, et je dois présenter mes lettres de créance au capitaine, un certain Magnus Discus, et je me suis perdu.

Peux-tu me montrer la route à suivre ?

     ‒  Euh, oui messire, bien sûr messire. répondit Cyril, plutôt étonné.

Ils se dirigèrent de concert vers les appartements de Magnus :

     ‒  Nom d’un canon, moussaillon, voilà un bien beau  bâtiment   s’écria le pirate.

 Au fait, je suis Barbe d’Or, capitaine de l’Altaïr, une fière goélette, je te l’assure.

De fait, l’homme portait une magnifique barbe d’un blond doré, soigneusement bouclée, peignée, et ornée de deux petits nœuds rouges, assortis au foulard.

Ils se trouvèrent bientôt devant la porte de Magnus Discus, où le page de service prit les documents de Barbe d’Or avant de le faire entrer.

     ‒  Sois gentil, petit   lui dit celui-ci, attends-moi, sinon je vais encore me perdre. Pas moyen de retrouver mon chemin quand je suis sur la terre ferme !

     ‒  Bien sûr Messire   fit Cyril, ravi de la rencontre.

Au bout d’un petit moment Barbe d’Or ressortit :

     ‒  Par ma barbe, voilà un capitaine selon mon cœur, un vrai meneur d’hommes ! A propos, nous allons nous revoir souvent, puisque je dois jeter l’ancre dans ton blog pour raconter l’histoire de mes courses et de mes faits d’arme. Mène-moi jusque-là, veux-tu, mon équipage doit avoir amené l’Altaïr au mouillage.

Ils cheminèrent ainsi jusqu’au blog de Cerise, et une fois arrivés devant la porte du nouveau fichier, Barbe d’Or dit :

     ‒  As-tu envie de faire un tour en mer ?

     ‒  Moi Messire ? Je ne suis jamais monté sur un bateau !  fit Cyril, enthousiasmé.

     ‒  Alors en avant ! et appelle-moi capitaine, comme tout le monde

Barbe d’Or ouvrit le porte du fichier, et aussitôt une lumière radieuse les éclaira, dorée et transparente. Un vent chargé d’une odeur de vanille vint chatouiller les narines de Cyril, mélangée à celle, subtile de l’iode, caressant les écailles de son poitrail. Il suivit le capitaine à l’intérieur du fichier, et se retrouva sur une plage de sable fin, bordée de cocotiers épanouis, face à une mer d’un bleu-vert brillant, qui venait lécher le bout de ses pattes. Il fut incapable de prononcer une parole, seul un

     ‒  Ooh ! sortit de sa gorge.

Sa surprise amusait le capitaine :

     ‒  Et oui, nous sommes dans les îles, moussaillon. Près de la Tortue, où les armées royales ne peuvent nous trouver.

A quelques encablures, en mer, un superbe navire se balançait doucement, au gré de la houle.

     ‒  Mon Altaïr, dit fièrement Barbe d’Or,

  Le plus beau et le plus rapide des vaisseaux pirates. Je ne me lasse pas de le regarder. Mais où sont donc mes lascars ! Ils devraient être là pour nous chercher. Ils vont voir de quel bois je me chauffe ! Ah, voilà le canote.

Une petite embarcation s’était détachée du flanc du voilier, et venait vers la plage au rythme régulier des rames qui montaient et descendaient.

     ‒  Allez garçons, souquez ferme ! Lança Barbe d’Or d’une voix si forte que Cyril sursauta.

Le canot arriva rapidement et trois hommes sautèrent dans l’eau pour le tirer sur le sable. L’un deux vint en courant vers Barbe d’Or et Cyril :

     ‒  Capitaine ! dit-il, sans prendre le temps de saluer, ni même de regarder le petit dragon :

Nous avons été pris en traître ! Les hommes de Long Harry nous ont volé la figure de proue.

     ‒  Quoi !   rugit Barbe d’Or, faisant sursauter Cyril pour la deuxième fois.

Ces pirates d’eau douce, vous vous êtes laissé berner par ces navigateurs de flaque d’eau ! Nom d’un sabre d’abordage, comment avez-vous fait ?

     ‒  Vous savez comment elle est  répliqua le marin

Coquette comme toutes les figures de proue. Elle était partie nager, et elle s’est laissé raconter de belles histoires par ces malappris.

     ‒  Ça ne se passera pas comme ça ! Je m’en vais leur montrer qui est Barbe d’Or ! Tout le monde à bord. Cyril, tu embarques, tu pourras nous être utile.

Puis considérant le dragon :

Mais tu vas être trop lourd pour le canote...

     ‒  Je vais voler jusque-là, capitaine. Faites-moi signe quand vous voudrez que je vienne.

Le capitaine monta dans le canot, qui s’éloigna rapidement de la plage. Au bout d’un moment Cyril vit la silhouette du capitaine s’agiter sur le pont, et l’entendit hurler :

     ‒  Viens, monte à bord !

Il prit son vol, au-dessus des vagues, et atterrit en douceur sur le pont, sous le regard curieux des hommes d’équipage. Barbe d’or le désigna :

     ‒  C’est Cyril, il va nous donner un coup de main.

Il y eut un murmure approbateur et Cyril, intimidé, fit un petit bonjour aux hommes qui l’entouraient. C’était de rudes gaillards, presque tous torse nus, la peau brunie et tannée par le soleil, armés de sabres et de coutelas. Quant au bateau, il était magnifique. Le pont tout entier de bois précieux, brillait sous le soleil de sa belle couleur acajou. Les cuivres jetaient leur éclat rouge, et la barre attendait son maître. Barbe d’Or lui montra un homme encore plus imposant que les autres, un géant aux muscles saillants, avec une longue moustache qui retombait sur la mâchoire :

     ‒  C’est John le rouge, mon second.

Le second en question lui asséna une tape si énergique en guise de bienvenue que Cyril faillit en trébucher.

     ‒  Content de te voir à bord ! Déclara une voix de basse, avant que le second ne se tourne vers le capitaine : quels sont vos ordres, capitaine ?

Barbe d’or prit sa respiration et se mit à hurler :

     ‒  Hissez la grand-voile ! Relevez l’ancre ! Nous allons leur montrer ce qu’il en coûte de voler ma figure de proue.

Des hommes se ruèrent dans le gréement, montant à toute allure, pour déployer la voilure, pendant que Barbe d’Or prenait la barre, et que son second donnait des ordres rapides et précis aux hommes. Le navire vira de bord, pour se mettre sous le vent, et bondit en avant, fendant les flots avec la rapidité d’un poisson volant.

Cyril, que le capitaine avait placé à la proue, humait avec bonheur l’air du large, laissant les embruns couler sur ses écailles luisantes au soleil, regardant émerveillé les dauphins qui bondissaient dans le sillage de l’Altaïr, les oreilles résonnant du chant des marins, repris à l’unisson pour travailler en cadence. Au bout d’un temps qui lui parut trop court, un autre navire fut en vue. Barbe d’or qui avait sorti une longue vue en cuivre de sa poche, déclara :

     ‒  Les voilà ces pirates d’eau douce ! C’est bien ça, le Dénébola. Nom d’une bouteille de rhum ! Je les tiens, ils ne m’échapperont pas ! En avant garçons, à l’abordage ! Hissez le pavillon noir, pas de quartiers.

Cyril, un peu perdu, se demandant ce que tout cela signifiait, plutôt inquiet de voir un pavillon noir à tête de mort, et os croisés monter au grand-mat, sentit un frisson le parcourir. L’autre vaisseau virait bord sur bord, et commençait à s’éloigner pour prendre la fuite, quand Barbe d’Or hurla :

     ‒  Cyril ! c’est à toi ! Envoie-leur du feu sur les voiles moussaillon !

     ‒  Mais capitaine… hasarda le petit dragon.

     ‒ Nom d’un doublon, pas de discussion ! A mon bord tu obéis.

Le ton était sans réplique, Cyril prit son souffle et cracha un beau jet de feu sur les voiles qui, carbonisées, tombèrent en poussières sur le pont. Voyant cela, les hommes se ruèrent sur les canots de sauvetage, et prirent la fuite de toute la vitesse de leurs rames.

Barbe d’Or éclata d’un rire énorme :

     ‒  Bien joué moussaillon ! Tu as bien mérité ta part du butin petit. Mais qu’est-ce que je vois ?  continuait-il d’un ton goguenard.

Cyril, suivant la direction de son regard, vit dans l’eau une créature approcher en nageant rapidement, puis s’asseoir sur le siège en bois, simple planche, descendu par les hommes le long de la coque. Une sirène ! Avec de longs cheveux vert d’eau, et de grands yeux bleu marine. Elle était ravissante, malgré un air plutôt maussade et vexé, et ne daigna pas répondre à l’apostrophe de Barbe d’Or :

     ‒  Alors petite, on écoute les beaux parleurs ? On croit trouver mieux ailleurs, et on se retrouve sur un rafiot branlant ! Allez, ramenez-la à son poste.

Deux hommes la prirent dans leurs bras (elle était grande) et la portèrent à l’avant, pour la redescendre à sa place. Au passage elle fit un clin d’œil coquin à Cyril, qui en resta éberlué.

     ‒  Et maintenant, l’abordage !

L’Altaïr fut amené bord à bord avec le Dénébola déserté, et les hommes passèrent adroitement sur des planches posées d’un bastingage à l’autre. Cyril vola et se posa sur le pont. Un beau navire aussi, bien que nettement moins rutilant. Les hommes se saisirent de caisses remplies de doublons, et en un clin d’œil, il n’y avait plus rien d’intéressant à prendre. Le second demanda :

     ‒  On le coule capitaine ?

     ‒  Humpff..   fit celui-ci, Je n’aime pas couler le navire d’un collègue, même s’il s’agit d’un pirate de pacotille. Laissez-le, ils remonteront à bord.

Il marqua un temps de réflexion :

Ça mérite quand même une revanche. Prenez leur figure de proue. 

Les hommes descendirent le long de la coque, et après quelques instants remontèrent avec une créature qui regardait autour d’elle l’air apeuré. Barbe d’Or éclata d’un grand rire :

     ‒  Ça alors ! N’aies pas peur mignonne. Cyril, ton aide aura été précieuse, et tu en es récompensé.

Cyril, ravi et tout embarrassé, ne savait quoi dire à la très jolie dragonne aux écailles rouges qui était devant lui.

La journée se termina devant un verre de rhum, sur la plage, en chantant des chansons d’hommes de mer pour les équipages (ceux du Dénébola étaient finalement venus les rejoindre) et à regarder les reflets de la lune dans l’eau pour les deux dragons.

 

 

 

 

 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

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Cyril hésitait un peu sur le pas de la porte de son blog. Il ne devrait pas se sentir nerveux, avec tout ce qu’il avait vécu depuis bientôt deux ans, il aurait dû moins s’émouvoir, mais rien à faire, il n’aimait pas Halloween.

Et tout son blog avait été transformé  pour la circonstance, par Cerise. Ce ne durerait que quelques jours, le temps que la fête soit passée, mais il ne se sentait vraiment pas à son aise !

Les citrouilles, encore, étaient assez amusantes, et inoffensives, mais les chauves- souris ! D’ordinaire il entretenait de bon rapport avec celles qui vivaient dans les jardins et la forêt du royaume Pc, ce n’était pas du tout pareil avec celles qui  avaient investi son petit domaine. Il avait fallu commencer par baisser la lumière, jusqu’à ne plus garder qu’une pénombre laissant à peine deviner les meubles pour qu’elles puissent circuler à leur aise. Elles en profitaient pour lui foncer dessus par surprise, lui frôler le bout du museau et repartir en ricanant.

Et la poussière ! Lui qui aimait l’ordre et le ménage bien fait, devait laisser une poussière d’époque en place, sans parler des toiles d’araignées, accrochées un peu partout, heureusement sans leurs propriétaires. Tout cela ne lui facilitait pas le travail, et il avait hâte que la semaine soit passée.

Prenant une inspiration, il poussa la porte du blog, ouvrant ainsi la connexion, et entra. Le temps que ses yeux se fassent au manque de lumière- heureusement les dragons ont des yeux très sensibles- il referma derrière lui.

C’était plutôt calme, les chauves-souris n’avaient pas l’air d’être en train de voler dans tous les sens. Cyril retint un éternuement dû à la poussière, et se dirigea vers son bureau, passant par les pièces spacieuses du blog. Avec quel plaisir il ferait le ménage quand se serait terminé ! Ses pattes laissaient des empreintes bien nettes derrière lui, dans la couche blanchâtre, et il devait se doucher pendant un bon moment, une fois rentré, pour ôter la poussière qui s’infiltrait entre ses écailles, une vraie gageure !

Au moins, dans son bureau, était-il tranquille, sans risquer d’avoir une chauve-souris amateur de farce. Et dire qu’il devait demander aux visiteurs « un bonbon ou un gage »

Tout à fait inconvenant de son point de vue.

Il ouvrit la porte, entra, posa sa serviette sur la table qui supportait ses ordinateurs… et sursauta violemment. Un homme était là, dans un coin, qu’il n’avait pas vu de prime abord, à cause de la pénombre ambiante. Il appuya sur l’interrupteur nerveusement, et se trouva face à un personnage habillé tout de noir, avec une longue cape doublée de rouge. Les cheveux étaient noirs, le regard charbonneux, et le teint ! Un teint blafard comme il n’en avait jamais vu. Et pour couronner le tout, aux coins de la bouche, dépassaient la pointe des canines.

Pas de doute, Cyril avait affaire à un vampire.

     –  Messire ? Fit-il d’un ton incertain.

     –  Bonsoir Cyril, répondit une voix caverneuse.

Je vois que tu es surpris, tu n’as pas été prévenu que je dois présenter avec toi ?

     –  Euh non…

     –  Il est vrai que la décision a été rapidement prise par Cerise, et me voilà.

     –  Et vous êtes messire ….euh… Dra….

Le vampire secoua véhémentement la tête :

     –  Non, personne d’aussi prestigieux ! Je suis Rodolphe, j’ai cinq cents ans et je suis né, bien sûr, en Transylvanie.

     –  Bien, euh… installez-vous, les visiteurs ne vont pas tarder à arriver.

Mais Rodolphe semblait avoir envie de parler :

     –  En t’attendant je me suis permis de regarder tes fichiers, de voir un peu comment tu vis. Toi aussi tu étais dans le monde réel avant ? Dans un livre de contes. Je viens  aussi d’un livre, un grimoire en fait, sur la sorcellerie, que les gens se passaient en cachette. Et puis j’ai été scanné.

     –  Et comment trouvez-vous le monde du net ? Fit poliment Cyril, tout en réglant son écran.

L’histoire était sûrement intéressante, mais il fallait penser aux présentations et aux lecteurs !

Son interlocuteur, ignorant la question, poursuivait sur sa lancée :

     –  J’ai vu ta fiancée, charmante et belle dragonne, les îles, tes amis pirates, tes voyages.

Il y eut un gros soupir :

     –  J’aimerais tellement voyager dans les îles !

Cyril dressa l’oreille :

     –  Mais, pourquoi ne le faites-vous pas ? C’est si facile ici !

     –  Tu crois que c’est facile pour quelqu’un dans mon genre ? Laisse-moi te dire que tu ne connais pas la vie de vampire !

      –  Seulement ce que j’ai lu ici et là.

     –  Et mon château ! Quel endroit sinistre. Mais il faut que tu viennes avec moi, que je te montre. Allez viens, il n’y a encore personne de toute façon.

Cyril voyait bien que Rodolphe insistait, qu’il avait une idée en tête. Il n’y avait encore personne, c’était vrai, et le dragon sentait la curiosité monter. En un instant la décision fut prise.

     –  Je serais heureux de visiter !

Un vague sourire s’insinua sur les lèvres blêmes de Rodolphe, qui se dirigea vers la porte à grands pas, faisant voler sa cape derrière lui. Les chauves-souris tentèrent bien un vol en piqué, qui leur valut de se faire repousser énergiquement :

     –  Elles sont insupportables ! dit Rodolphe.

Si c’était moi, elles apprendraient vite la politesse !

     –  Elles ne restent que jusqu’au 31, de toute façon, répondit Cyril, un peu inquiet devant la colère de son vis à vis.

Tous deux ressortirent, pour emprunter une connexion rapide, et en un rien de temps, ils se retrouvèrent dans un paysage de montagnes escarpées, sous une belle pleine lune, à se diriger vers un point précis, qui se révéla être un château perché sur un sommet inaccessible. Cela faisait tout drôle à Cyril de voler aux côtés d’un humain ! Ou presque, surtout que lui n’avait pas d’ailes.

Vu de près, le château était des plus sombres, et pas en très bon état. Les tours étaient à moitié écroulées, le pont-levis tombait en ruine et les douves étaient pleines de boue. Un vrai désastre !

L’intérieur n’était pas plus réjouissant. Des salles vides, de la poussière en quantité, une atmosphère des plus lugubres ! Et là, qu’est-ce que c’était ? Un cercueil !

     –  Tu vois dans quoi il faut que je vive, et ça depuis près de cinq cents ans ! Je ne peux pas voyager, car il faut que je me repose dans mon cercueil ! Moi qui rêve de plage, de mer et de cocotiers !

Et voir un lever de soleil ! Si tu savais comme j’ai envie d’un lever de soleil ! Et de me regarder dans une glace ! Je voudrais quand même bien savoir à quoi je ressemble après tout ce temps !

Cyril se contentait d’acquiescer, laissant parler Rodolphe, qui d’ailleurs n’attendait pas de réponse, tout en parcourant des salles plus vides les unes que les autres. Vraiment pas un château agréable.

     –  Mais tu vas m’aider !

La fin de la phrase fit dresser l’oreille du dragon, qui avait laissé passer la litanie sans trop écouter.

      –  Comment cela, messire Rodolphe ?

     –  J’en ai assez d’être un vampire, je veux être un humain informatique normal ! Et j’ai étudié quantité de grimoires pour savoir comment faire. Tous disent la même chose, il faut en passer par un feu purificateur

Cyril sentit une impression désagréable s’insinuer le long de son échine :

     –  Que voulez-vous dire ?

     –  Il faut que tu me souffles dessus une flamme des plus fortes, et je me transformerai !

     –  Ah non ! dit Cyril, épouvanté.

Jamais je n’ai craché de feu sur personne !

     –  Et les voleurs ? J’ai lu ton aventure.

     –  Je soufflais à côté d’eux, pas dessus ! Je ne ferais jamais une chose pareille.

     –  Il faut que tu m’aides !

   – Je vais vous emmener chez Dame Florina, c’est une grande magicienne, moi je ne suis que débutant. Elle saura comment vous aider.

     –  Non ! Il faut que ce soit maintenant ! C’est mon anniversaire, cinq cents ans tout juste, et si je ne fais rien, je suis reparti pour cinq cents de plus.

D’un geste théâtral, Rodolphe ouvrit les rideaux de la fenêtre la plus proche :

     –  Regarde, le soleil va se lever. Je vais rester là, et si tu n’agis pas, la lumière me vaporisera, à toi de choisir !

     –  Messire Rodolphe, vous ne pouvez pas me faire ça !

Mais le vampire restait solidement campé, les bras croisés, le dos à la fenêtre. Cyril essaya bien de le pousser, ou de refermer la tenture, sans résultat, les vampires ont quand même des pouvoirs !

Au loin, sur la crête des montagnes, une lumière rose commençait d’apparaître. Le soleil ! Il allait bientôt se lever.

     –  Messire Rodolphe ! implora Cyril

     –  Tu sais ce que tu dois faire…

Au loin, la lueur devenait dorée, et glissait sur les pentes de la montagne, déjà un petit bout de soleil apparaissait au-dessus des cimes, et une espèce de fumée se dégageait du vampire.

     –  Dépêche-toi Cyril !

Affolé, le dragon chercha encore à fermer le rideau, mais impossible, et les contours de Rodolphe devenaient imprécis, pendant qu’imperturbable, le soleil montait.

Alors Cyril ferma les yeux, et souffla une belle flamme claire qui enveloppa le vampire. Il les rouvrit, la flamme était toujours là, enveloppant une forme humaine immobile, qui se ratatinait.

Cyril réprima un hoquet, jamais il ne s’en remettrait !

Et tout à coup, le feu disparut, laissant apparaître un homme brun, aux yeux noisette, qui regardait ses mains avec émerveillement et surprise. Elles étaient légèrement ambrées, plus blafardes. Puis il se rua à la fenêtre :

     –  Mon premier lever de soleil ! Quelle merveille !

Il se précipita sur Cyril, pour le serrer dans ses bras :

     –  Jamais je ne pourrais assez te remercier !

Cyril, trop secoué et tremblant, ne put répondre.

     –  De quoi ai-je l’air ? Sacrebleu,  pas le moindre miroir par ici !

     –  Vous êtes très bien messire Rodolphe, coassa Cyril, retrouvant un semblant de voix.

    –  Tu peux me ramener jusqu’à la connexion la plus proche ? C’est que je ne vole plus, moi, maintenant. C’est la seule chose que je regretterai, fit Rodolphe d’un ton guilleret.

     –  Tu crois qu’ils engagent des hommes sur l’Altaïr ?

Cyril en resta muet pendant un bon moment !

 

 

 

Bien sûr, Cyril a illustré son aventure avec une carte de MCM : lien

Allez vite la voir pour vos courriels et illustrations !Il y en a plein d'autres ..

 

Bisous !

 

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Et mais ... Alastair que fais-tu là !!!

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 07:00

tn drgsnoozc

 

 

 

C’était tellement bon de ne rien faire !

Cyril se reposait, étalé de tout son long en travers de son lit, sur le ventre, les ailes à plat, et la tête sur son maxi oreiller. Sa couette était rabattue, pour bien l’envelopper, et ainsi au chaud, il s’offrait le luxe d’une sieste réparatrice.

Il bailla  largement, en fait il avait dormi un bon moment, et n’avait plus sommeil, mais n’avait pas envie de sortir de son cocon. Il avait laissé les rideaux à demi tirés pour voir un ciel d’automne, d’un bleu limpide, comme bien lavé, avec des petits nuages, dans une atmosphère encore douce. En dessous, il y avait le parc, dont les arbres commençaient de rougir, créant une symphonie en dégradé d’or et de cuivre.

Cyril avait laissé la fenêtre un tout petit peu entrebâillée pour avoir de l’air frais, et comme

il avait beaucoup plu dans la matinée, il pouvait sentir une odeur de terre mouillée, réchauffée par le soleil, qui montait, avec celle des végétaux détrempés, des fleurs qui s’épanouissaient encore, sous la garde vigilante du maître jardinier, et des herbes aromatiques du jardin potager, menthe, sauge et basilic mêlés.

C’était le tout début d’après-midi, et le royaume Pc était étonnement calme. D’habitude on pouvait entendre des éclats de voix, les pages et les écuyers chargés de porter les données d’un fichier à l’autre ne se gênaient pas pour discuter fort. Les maîtres de fichiers eux-mêmes, ou les visiteurs, tenaient des discussions animées à n’en plus finir. Il y avait le ronronnement des machines de Magnus Discus, que Cyril pouvait entendre de chez lui, quand l’activité était intense, et Magnus lui-même qui avait le verbe fort haut.

Les sonneries des communications, le vrombissement sourd des flux Internet quand quelqu’un oubliait de fermer une des connexions y menant, ce qui arrivait souvent. Tout un petit monde d’allées et venues qui ne cessaient que venu le soir tard, pour ne garder qu’une activité de veille. Cyril depuis longtemps, s’était habitué à dormir avec ce bruit de fond permanent, mais ce moment de silence était une vraie béatitude.

Second bâillement, Cyril s’étira avant de faire gonfler son oreiller, et de se réinstaller dessus. Il avait été vraiment fatigué en revenant de son expédition pour passer les épreuves des dragons magiciens. Il avait largement prouvé sa valeur, et n’en était pas peu fier. Même s’il ne devenait jamais un très grand magicien, il faisait partie maintenant de l’élite des dragons, place qui exigeait l’excellence dans les actes, et Cyril était décidé à mériter cette distinction au-delà des épreuves dans la montagne. Mais en attendant, repos !

Il était passé par le fichier des pirates pour voir Abby, sa fiancé.

 

Les pirates l’avaient chaudement félicités après leurs fiancailles, et organisé derechef une petite fête, qui réunissait les deux équipages de l’Altaïr et du Dénébola sur la plage de leur île préférée, près de la Tortue.

Comme souvent dans ce genre de réjouissances, il y avait eu d’autres navires qui passaient par là, et des hommes qui en avaient profité pour venir prendre un verre de rhum, tout en discutant des dernières campagnes de piraterie. Ce qui était devenu une vraie réception,  s’était terminé aux petites heures du matin, et après encore de nouvelles congratulations, les au-revoirs à Abby, Cyril était rentré, pour dormir quelques trop courtes heures, avant de reprendre les présentations dans son blog.

Après un été de navigation somme toute assez agité, qui avait été passionnant mais ne méritait pas vraiment le nom de vacances, puis ses fiançailles Cyril menait une vie trépidante depuis trois mois et ce repos venait à point nommé pour lui permettre de recharger des batteries un peu à plat.

Troisième bâillement, et la sensation du sommeil qui revenait, après tout il était là pour ça …

Son retour avait aussi été très attendu, et après avoir reçu maintes félicitations, celles de Magnus en premier, il y avait eu le dîner chez la fée Lilas, où tout le monde s’était bien amusé. Il avait ensuite reçu des invitations d’un peu partout, avait reçu lui-même, et au bout d’une semaine, les choses commençaient tout juste de se tasser.

Un petit nuage, tout en nuances de gris-bleu passait lentement, juste devant sa fenêtre, et Cyril le regardait d’un œil à demi ouvert, laissant dériver ses pensées sans vraiment les analyser. Il aurait dû se trouver dans son blog, à cette heure, mais l’activité n’était pas très importante, Cerise était en classe, et ne reviendrait que plus tard. Il avait activé le programme de remplacement pour rentrer se reposer. Il aurait pu rester sur place, il y avait tout ce qu’il fallait, mais on était jamais aussi bien que chez soi.

Le petit nuage était passé de droite à gauche, et était remplacé par un autre, plus grand et plus allongé, auquel Cyril trouva une forme de flèche.

Du jardin monta un murmure de voix, surmonté par les trilles d’un oiseau, avant que le silence ne revienne.

.Encore un bâillement et la sensation de se laisser glisser.

Un après-midi très tranquille, où de petits nuages circulent dans le ciel, et se reflètent sur la vitre d’une fenêtre  à peine ouverte. Un chambre calme, entre ombre et lumière, et un très léger ronflement qui monte de sous une couette moelleuse.

Bonheur rare d’une aventure où il ne se passe…

Absolument rien.

 

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 07:00

Abby et Cyril

 

 

 

– Papounet, tu me racontes une histoire !

– Que veux-tu que je te raconte, mon petit cœur ?

Le dragon qui venait de faire cette réponse, regarda avec une fierté non dissimulée la petite qui venait de lui parler, son arrière-arrière petite fille. C’était un tout petit bout de dragonette, elle ne savait pas encore voler, et le bavoir autour de son cou  s’ornait d’une ou deux jolies taches de purée, mais elle savait déjà très bien s’exprimer, et adorait entendre des histoires. Elle était assise devant lui, par terre, sur un énorme coussin, tout près de la cheminée où quelques bûches rougeoyaient, les yeux grand ouvert, braqués sur son « papounet » et attendait qu’il se rappelle quelques histoires de sa jeunesse.

Il n’était plus tout jeune cet aïeul, mais gardait belle allure, toujours bien droit et les ailes solides. Seules les écailles blanchissantes autour du nez, trahissaient son âge.

Allons, avant le goûter il y avait encore un peu de temps. C’est qu’il y avait réunion cet après-midi ! Toute la famille était là, et les effluves d’un gâteau au chocolat géant que son épouse chérie préparait, aidée de leurs filles, lui chatouillaient délicieusement les narine.

Il avait de quoi être fier de sa famille ! Un bonheur conjugal sans nuages, quatre enfants, trois filles et un fils, dix petits-enfants, des arrières petits-enfants en pagaille, et déjà la génération suivante qui s’annonçait, représentée par Daria, qui lui faisait face. Et tous des dragons d’exception, qui lui faisaient honneur.

– Qu’est ce qui te ferait plaisir ?

– Raconte-moi quand il y avait deux mondes. Ce que tu m’as dit, quand il y avait un monde réel et un monde virtuel ! Qu’est ce que c’est un monde réel ?

– Et bien, c’est loin tu sais, il va falloir que je me souvienne, j’étais vraiment tout jeune à cette époque !

– C’était quoi un monde réel ?. Insistait Daria.

– Et bien, comment te dire ? A cette époque lointaine, je vivais dans le monde du net, celui qui nous permettait d’aller d’un point à un autre presque instantanément, et de voyager à des époques différentes. Je vivais dans un royaume Pc, qui avait en charge la gestion des affaires d’une famille humaine, sur la planète terre.

En fait, vois-tu, les humains croyaient avoir inventé un système, alors qu’ils avaient juste trouvé un moyen de communiquer avec quelque chose qui existait de tous temps. Ce qu’ils appelaient le monde réel, était un endroit où le temps s’écoulait toujours de la même façon, et où il fallait en perdre beaucoup pour voyager. Et pour arranger quelque chose dans son entourage, il fallait le bâtir, pas simplement écrire un programme, comme maintenant.

– Comme quand Mamy fait du gâteau ?

– Si tu veux, mais si Mamy le désirait, elle pourrait cliquer sur un gâteau de ses fichiers, et elle l’aurait tout de suite, comme toi tes bonbons. Dans le monde réel de la terre, il fallait tout faire, et c’était souvent bien difficile. Puis, quelques humains ont compris la façon de franchir le passage. Nous étions un peu affolés quand ils sont arrivés, c’était un peuple de violence, mais à quelques exceptions près, tout s’est bien passé. Il y avait tant à découvrir pour eux, et ils n’étaient plus seuls. Ils ont dû s’adapter avec les autres peuples. Tu comprends c’était ça le « truc » pour voyager à l’autre bout de la galaxie. Nous, nous le savions depuis longtemps, mais eux non, ils l’ont découvert en même temps, et finalement les mondes ont fusionné. Il n’y a plus de réel ou de virtuel, il y a notre monde, où un programme créé un gâteau au chocolat. Il reste encore à comprendre, mais nous avons avancé. Tu saisis ?

Le vénérable dragon esquissa un sourire, tout à son explication il n’avait pas vu que la petite s’était endormie sur son coussin. Il n’allait pas la réveiller tout de suite, mais le goûter n’allait pas tarder.

Il replongea dans ses souvenirs… Le royaume de sa jeunesse, le château où il faisait si bon vivre, les amis rencontrés, et cette bonne odeur de chocolat que le maître pâtissier faisait. Le chocolat.. Il ferma les yeux pour en savourer tous les parfums…

– Cyril, tu viens ! Cyril, réveille toi ! la réception va commencer !

Cyril sursauta, et ouvrit les yeux, il avait dû s’assoupir. Où était Daria ?

Un peu désorienté il vit devant lui la fée Lilas qui lui souriait, et se retrouva dans son appartement du royaume Pc.

– Tu dormais mon grand ?

– Euh oui, je n’ai pas très bien dormi la nuit passée.

C’était une demie vérité, il n’avait pratiquement pas fermé l’œil, se tournant et se retournant dans son lit. Aujourd’hui était un grand jour, celui de ses fiançailles, une étape majeure dans sa vie de dragon, et il était très heureux.

Evidemment, ils étaient encore trop jeunes pour le mariage, mais ils étaient sûrs d’eux-mêmes, alors les fiançailles étaient normales. Magnus Discus avait un peu bougonné à propos de leur jeunesse, mais était au fond ravi de prononcer le discours et de parrainer les fiancés.

Les grandes tables avaient été dressées dans les jardins, nappes blanches et couverts d’argent, et après une semaine automnale, le très beau temps était revenu, qui permettait de se promener parmi les fleurs et les arbres. Puis il y aurait le repas, couronné par le gâteau au chocolat, dont le parfum lui avait chatouillé le nez, s’infiltrant dans son rêve.

Un rêve ?

Etait-ce le futur qu’il avait vu ? Etait-ce lui, ce dragon vénérable, entouré d’une famille aimante, dans un monde étonnant ? Il le souhaitait de tout cœur !

– Tu es prêt ? La réception va commencer bientôt, tous les invités sont là, et vous attendent, Abby et toi.

De fait, par les fenêtres ouvertes, un brouhaha de voix montait jusqu’à lui.

Tellement de monde était arrivé pour la circonstance ! Magnus avait même dû écrire un programme en urgence pour ajouter une aile au château, afin de loger les invités. Elle était d’ailleurs très réussie, et  il était question de la garder ensuite. Après tout, il était bien d’avoir que quoi recevoir dignement !

Cyril bailla largement, gardant encore précieusement quelques bribes de son rêve en tête, pour se les remémorer plus tard, quand il serait seul, puis se leva.

Son écharpe à ses couleurs, la boite avec la bague. Il était prêt !

Avec la fée, il descendit vers le grand hall, où il patienta quelques instants, que Abby se montre à son tour.

La matinée avait été déjà bien occupée ! Les invités étaient arrivés dès la veille, occasion de retrouvailles avec des amis que Cyril n’avait pas vus depuis un peu de temps. Bien sûr les deux équipages pirates, au grand complet, avaient été les premiers à faire leur entrée dans le royaume. Les deux capitaines, Barbe d’Or et Long Harry avaient donné une accolade émue à Cyril. Après tout, c’était en navigant avec eux que les deux dragons s’étaient rencontrés. Puis le second de l’Altaïr, John le rouge, lui avait adressé ses félicitations, avec une bonne claque amicale sur l’épaule, et l’œil un peu humide. C’était lui qui le premier avait parlé fiançailles, leur faisant prendre conscience de ce qu’ils voulaient faire depuis longtemps.

Les autres convives s’étaient succédés sans discontinuer, de tous les fichiers, Cyril ne savait plus où donner de la tête ! La famille de Fantasty était là, le cousin Odin en premier, toujours aussi rondouillard et jovial. Dame Ysia , venue d’un fichier lointain avait montré son imposante silhouette, accompagnée de son fils Athanase, que Cyril avait gardé chez lui une nuit, quand le petit s’était perdu. Comme il avait grandi en un an ! Il savait à peu près voler, et parlait en zézayant :

– Bonzour Cyril !

Pour le reste il n’avait pas changé, il fallait toujours lui courir après pour limiter les bêtises. Dans le royaume, c’était particulièrement difficile, et la liste de ses méfaits en un jour était déjà longue. Ensuite il y avait eu Dame Kriath, accompagnée de sa fille Keryanth, venues tout exprès de leur blog de la cour du hêtre.

Keryanth avait aussi bien changé. De l’espèce très rare des dragons d’argent, ses écailles aux reflets métalliques brillaient au soleil, et elle attirait bien des regards de la part des jeunes de la famille de Fantasty, Cyril avait été contrarié de voir qu’elle était assez jalouse pour saluer Abby du bout des lèvres. Mais la cour d’admirateurs qui s’était formée, lui avait fait oublier sa contrariété, au grand soulagement de Cyril. Elle était exceptionnelle, mais c’était avec Abby qu’il voulait passer sa vie.

Restait que Dame Kriath était sa marraine en la circonstance, ce dont il lui était très reconnaissant.

 

Et bien sûr les jumeaux Tsien et Chang étaient là aussi, avec leurs parents. Comment faire une fête aussi importante sans eux ! Ils avaient été les premiers habitants du monde virtuel que Cyril avait jamais vus. Des amis étaient venus avec eux, apportant des instruments de musique, pour improviser un mini défilé à la chinoise avec force pétards et couleurs, qui avait enchanté  tout le royaume. Il y avait aussi le chevalier d’octets, et sa ravissante épouse, Khépri du fichier égyptien, Free et Samantha du fichier hippie, Edna, la t-rex  pour enfants. Johnny Ringo et Sam Red Cloud du fichier de l’Ouest, Barnabé l’albatros, Carmen, du fichier espagnol. Même Lance, son ami extraterrestre avait réussi à être là,  sa soucoupe était posée un peu plus loin, dans le jardin.

Tant et tant d’amis… une vraie mer de visages souriants quand les fiancés apparurent sur le perron, et un tonnerre d’applaudissements quand il ouvrit la boite pour passer la bague au doigt de Abby

Magnus leva les bras :

– Mes amis ! nous célébrons les fiançailles d’un de nos membres les plus appréciés,  Cyril…

Le petit discours qui suivit fit venir les larmes aux yeux de Cyril, mais déjà Magnus enchaînait :

– Et maintenant, allons nous asseoir !

Sous le beau soleil d’après-midi, le repas de fiançailles de Cyril et Abby allait rester dans toutes les mémoires comme un moment nimbé de doré, d’émotion, de bonheur simple et intense.

 

 

(Carte de fiançailles création de MCM )

 

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:00

 

I love u dragon

 

 

 

Cyril en Polynésie (suite )

 

 

     –  Alors Cyril, ce voyage ?

     –  Magnifique ! Passe à la maison, j’ai des tonnes de photos ! Là, je dois me presser pour aller dans mon blog.

     –   Et oui, la rentrée. D’accord, à plus tard !

Cyril se dépêchait pour arriver à l’heure dans le blog de Cerise. Celui qui venait de l’interpeller ainsi était un des pages au service de Magnus Discus, qu’il croisait souvent dans le couloir en sortant de chez lui, si bien qu’ils avaient fini par nouer une solide amitié, et passaient souvent un moment ensemble, devant une tasse de chocolat, chez l’un ou chez l’autre.

Cette question il l’avait entendue déjà des dizaines de fois, depuis vingt-quatre heures qu’il était rentré de son périple en mer.

Quel voyage !

Il ne put s’empêcher de soupirer, en repensant à tout ce qu’il avait vécu pendant ces semaines de vacances, et la dernière restait imprimée dans les moindres détails dans son esprit.

Il pouvait encore sentir le parfum de vanille, de coco, de feuillage…

Les murs du château du royaume Pc s’effacèrent pour laisser la place à un ciel bleu turquoise, parsemé de petits nuages blancs comme de la crème, une mer transparente dont les vaguelettes venaient lécher le sable doré de la plage. Au loin, au mouillage, l’Altaïr et le Dénébola se balançaient doucement.

L’Altaïr était arrivé un peu plus tôt dans l’après-midi. Cyril avait aperçu l’île avant tout le monde, du haut de sa vigie et ne se tenait plus d’impatience. C’est qu’Abby devait l’attendre à bord du Dénébola. Elle était arrivée à tire-d’aile, et les deux dragons avaient fait le restant du chemin volant côte à côte, pour se poser sur la plage où de jeunes îliennes rieuses lui avaient passé une quantité de colliers de fleurs autour du cou.

L’arrivée à terre de Barbe d’Or avait été nettement plus solennelle, il apportait des présents d’usage, et  la reine des îles s’était déplacée en personne pour le voir.

Le capitaine de l’Altaïr offrait de très belles perles, qui viendraient compléter la collection de la reine avec bonheur. Puis, lui et son équipage passeraient la soirée sur l’île, pour repartir le lendemain pour une nouvelle campagne de piraterie.

Cyril, lui, changerai de bateau, pour s’installer à bord du Dénébola et passer cette dernière semaine de vacances avec Abby.

En attendant, une fête était prévue pour le soir même, à laquelle les deux équipages au grand complet étaient conviés, sans oublier bien sûr les dragons.

Cyril avait des cadeaux pour Abby, et en volant vers l’Altaïr, elle lui avait expliqué qu’il y aurait un grand festin, des chants et des danses. Cyril s’était déjà senti très impatient autant que curieux, c’était la première fois qu’il allait assister à un luau , la grande fête polynésienne.

Tous deux s’étaient posés sur le pont de l’Altaïr, faisant sursauter l’homme de quart qui s’était un peu assoupi sous le soleil tropical, Cyril était descendu en vitesse à sa cabine pour remonter les petits cadeaux choisis pour Abby. Les bonbons, la breloque en forme de trèfle,  avec sa chaînette pour porter en bracelet, et l’écharpe rouge et or, les couleurs de la jeune dragonne.

Celle-ci avait été ravie, déposant un bisou sur la joue de Cyril, avant d’ouvrir le paquet de bonbons et d’en déguster chacun un. Le bracelet mis, l’écharpe coquettement nouée autour du cou, les deux dragons étaient repartis vers la plage.

Il n’y avait plus personne, un brouhaha de voix montait de derrière la ligne de cocotier, là où le village était construit.

Les deux dragons voulurent rester encore un moment, profiter du paysage et du calme de la plage déserte. Ils s’amusèrent à se tremper les pattes, à s’éclabousser un peu, puis à marcher sur le sable doré, sans rien dire, simplement savourant le plaisir d’être ensemble.

Une voix de stentor les avait appelés :

     –  Alors les dragons, vous venez ! Il faut aider pour la préparation de la fête !

Ils s’étaient regardé en riant, puis avait rejoint le village d’un seul coup d’aile, où l’animation battait déjà son plein.

Les maisons traditionnelles, avec toit de feuilles tressées, étaient disposées en rond autour d’un vaste terre-plein central, où brûlait un grand feu.

Les hommes s’activaient pour apporter du bois, des feuilles de palmier, qui serviraient pour s’asseoir, où pour envelopper la nourriture, pendant que les femmes terminaient de préparer le repas, le tout dans  l’ambiance assez survoltée qui précède une fête.

Une rangée de tambours attendait les joueurs, avec divers instruments de percussions. De jeunes gens, garçons et filles, un peu à l’écart, finissaient de mettre la dernière main à leurs costumes de danse, et à leur coiffure pour les filles.

Abby avait été requise pour aider, pendant que Cyril était happé par plusieurs garçons, qui l’entraînaient vers un groupe entourant quelqu’un à l’activité mystérieuse.

Le cercle s’ouvrit, et Cyril put voir qu’il y avait là un tatoueur en action, qui terminait de parfaire une courbe sur une épaule. Il admira les dessins qui couvraient une partie du torse du jeune homme, pendant qu’un autre lui expliquait que ces arabesques élégantes décrivaient l’histoire du garçon, à quelle famille il appartenait, son rang dans le village.

Tout de suite le tatoueur proposa au dragon de lui dessiner quelque chose. Oui, mais quoi, et comment ? Difficile sur des écailles, et Cyril, sans l’avouer, ne se sentait pas trop rassuré !

On transigea avec un dessin fait avec une encre obtenue par des plantes.

Cyril s’installa, et le tatoueur commença, avec des gestes précis et assurés, sur le haut de la poitrine du dragon, et son épaule. Une demi-heure plus tard, un beau dessin traditionnel se déployait en arrondi, donnant à Cyril le statut de jeune guerrier dans le groupe. Il se sentit très fier de l’honneur fait, et espéra secrètement qu’Abby serait impressionnée.

Le soir était tout à fait tombé, depuis déjà une heure, quand les préparatifs enfin terminés, tous attendirent la venue de la reine pour commencer la fête.

Celle-ci arriva au bras de Barbe d’Or, s’installa un petit peu à l’écart avec les deux capitaines, entourée d’une nuée de jeunes gens pour la servir. Le restant des villageois et des équipages, s’installait par terre, sur les piles de feuilles de palmier, ou sur des nattes tressées, ou encore de petits sièges en bois pour les plus âgés.

Le repas commença, animé, bruissant de discussions. Cyril, assis à côté d’Abby, était assailli de questions par ses autres voisins. Le voyage, le royaume Pc, le monde réel… Tout y passait, parfois dans le plus grand désordre, pendant que se succédaient les délicieuses préparations, colorées par les fleurs et les fruits tropicaux. Et que de parfums ! La vanille, les mangues, la noix de coco, et le tiaré que les filles utilisaient pour leurs cheveux, qui s’exhalait doucement à la chaleur des feux. Abby en avait aussi un peu frotté ses écailles, et la suave fragrance ravissait Cyril.

La dernière miette de coco avalée, les musiciens s’installèrent à leurs instruments, et le son rythmé des tambours monta dans le ciel nocturne, pendant que les jeunes danseuses s’avançaient, balançant leurs hanches, faisant onduler les  longues jupes en raphia.

Quelles étaient jolies ! Leurs cheveux noir ébène reflétaient le rouge des flammes, leurs visages souriant ne trahissaient rien de la difficulté de la danse, pourtant rapide et compliquée.

Puis vint le tour des garçons, danse de guerriers, faite pour impressionner un ennemi des temps anciens. Au grand embarras de Cyril, deux des danseurs se détachèrent du groupe et le poussèrent littéralement dans leurs rangs !

Le dragon fit de son mieux pour esquisser quelques pas, imitant ses voisins, sous les applaudissements des convives. Même la reine, personne très digne, avait l’air de beaucoup s’amuser. Quelques marins intrépides vinrent les rejoindre, pour essayer à leur tour, et la danse se termina dans la liesse générale, tous regagnant leurs places, pour écouter les chants traditionnels.

La lune avait déjà parcouru une bonne partie de son trajet nocturne, quand le silence finalement s’étendit sur le village. Un peu de rose pointait à l’horizon Est quand Cyril s’endormit, accueilli avec d’autres marins, dans une grande demeure, faisant un peu office de dortoir. Sur le moment, il se demanda s’il allait pouvoir dormir, en voyant les piliers sculptés, représentant des divinités assez impressionnantes, mais la fatigue l’emporta rapidement, lui procurant un sommeil peuplé de fleurs d’hibiscus et de chants.

La matinée avait été un peu triste, en disant au revoir à Barbe d’Or et son équipage. Cyril avait avant cela transporté ses affaires à bord du Dénébola, où une minuscule cabine l’attendait, dont la couchette occupait presque toute la place. Il était d’ailleurs question de ne pas bouger tant que cela, et de rester sur l’île, se reposer, et explorer la jungle toute proche, jusqu’à l’intérieur des terres.

Les adieux à Barbe d’Or et John le rouge avaient été très émus de la part de Cyril, comme des pirates. Après avoir vécu tant de choses ensemble !  Mais les retrouvailles ne sauraient trop tarder. Barbe d’Or invita Abby à son bord, si le Dénébola pouvait se passer un moment de figure de proue. D’ailleurs Viveca pouvait la remplacer sans problème. Rendez-vous fut pris, et Barbe d’Or monta dans le canote qui le ramenait à son bord.

     –  Allez garçons, souquez ferme ! Les galions chargés d’or et de pierres nous attendent !

Cyril se retint de rire, pendant que Abby, près de lui, étouffait un petit gloussement.

John le rouge assena une de ses tapes à assommer un dragon sur l’épaule de Cyril.

     –  Au revoir mon gars ! Heureux d’avoir navigué avec toi ! Tu fais un vrai bon marin.

Puis il considéra les deux dragons d’un œil acéré :

     –  Alors vous deux, à quand les fiançailles !

Sidérés, Cyril et Abby se regardèrent…

C’était si évident !

 

Pour ma communauté et celle de Cyril : un dragon pour ami

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 12:36

Cyril kado

Cyril en Polynésie

Cyril, du haut de sa vigie, respirait avec bonheur l’air salin qui soufflait avec allégresse depuis plusieurs jours. L’Altaïr maintenait une vitesse rapide, fendant les flots d’une étrave assurée.

Les eaux étaient devenues d’un bleu turquoise limpide, laissant voir un fond pourtant lointain, et les habitants de l’océan. La température s’était réchauffée, le ciel était d’un azur de pierre précieuse, à peine parsemé ici et là d’un petit nuage blanc qu’on aurait dit posé pour la décoration.

Cyril prit une bouffée d’air, respirant à plein poumons. Quelles belles vacances ! Ce long voyage n’avait peut-être pas été très reposant, il s’était passé beaucoup de choses depuis son départ du royaume Pc, mais il ne regrettait pas un seul instant de ces semaines passées à naviguer avec ses

amis pirates.

Il sortit de sa rêverie, il fallait quand même surveiller les environs, c’était pour cela que Barbe d’Or lui demandait de monter tout en haut du grand mat ! Avec ses perceptions plus aiguisées que celle d’un humain, en particulier la vue, il pouvait déceler plus rapidement l’approche d’un danger…à condition de ne pas être totalement ailleurs en pensées !

Il n’y avait pas encore de terres visibles, mais elles ne devaient pas être très éloignées. Déjà quelques oiseaux les avaient survolés, d’assez loin, montrant que leur but se rapprochait.

Cyril sentit son cœur battre plus fort à cette pensée : la Polynésie ! des îles paradisiaques, vertes et parfumées, où il fait bon vivre. Et puis surtout, le Dénébola serait là, et avec lui sa figure de proue, Abby,  la petite dragonne rouge.

Il était prévu qu’il change de navire pour monter à bord du Dénébola, et y finisse ses vacances, pour profiter de la compagnie d’Abby.

Bien sûr il était triste de quitter l’Altaïr et son équipage, et Barbe d’Or, et John le rouge, mais voir Abby lui faisait oublier la petite pointe de nostalgie. Et il voulait profiter à fond des deux semaines qui lui restaient avant la rentrée.

De toute façon, il aurait bien l’occasion de retrouver l’Altaïr de temps à autre, pendant un moment de libre. Une fois qu’il aurait changé de bateau, Barbe d’Or avait prévu une campagne de piraterie qui, selon lui, allait enrichir considérablement son bord.

Cyril s’était bien promis de leur rendre visite au plus vite pour voir les trésors qu’ils auraient pris en abordage.

Le Dénébola n’était pas aussi beau, un deux-mats seulement, mais il s’y sentait aussi comme chez lui, le capitaine Long Harry ne lui en avait pas voulu de cette fameuse première rencontre, où sous le commandement de Barbe d’Or, il lui avait brûlé ses voiles pour  récupérer Viveca, la sirène figure de proue qui s’était laissé enlever. Il fallait reconnaître que celle-ci avait facilement l’humeur vagabonde, et que la promesse d’un bord où tous seraient à ses quatre volontés avait de quoi la séduire.

Tout s’était bien terminé, et il avait rencontré Abby.

Les hommes de l’Altaïr le moquaient gentiment en voyant son agitation grandissante à mesure que le lieu de rendez-vous se rapprochait.

Et les cadeaux ? Allait-elle les aimer ?

Du royaume Pc, il amenait une boite de bonbons tout spécialement faits par maître pâtissier pour la circonstance. Des bonbons à la coque dure, et au cœur fondant aux fruits, ceux qu’elle aimait, bien enveloppés dans une boite solide, entourée d’un papier multicolore et d’un ruban doré.

Il y avait aussi une écharpe, faite à ses couleurs, rouge et jaune. Une breloque avec sa chaîne, en forme de trèfle à quatre feuilles, en argent émaillé de vert, et un cœur représenté par un minuscule diamant. Il l’avait trouvée dans un site de ventes en ligne, et Magnus lui avait donné la permission de l’acheter, puisque c’était lui qui réglait les transactions.

Tout cela était bien à l’abri dans la valise de Cyril, mais il n’avait pu s’empêcher de regarder encore et encore les paquets, en se demandant s’il avait fait le bon choix.

Consultée, comme souvent, la fée Lilas avait donné son approbation, les cadeaux étaient très bien ! Ce qui n’empêchait nullement Cyril de s’angoisser !

Allons, il fallait surveiller l’horizon ! Une fois de plus le dragon s’était laissé aller à ses pensées, oubliant de regarder.

Et il y avait du neuf !

Là-bas, juste sur la ligne où la mer rejoignait le ciel, une silhouette noire se dessinait, plus nette à mesure que l’Altaïr avançait. Cyril regarda en bas, vers le pont, où les hommes vaquaient à leurs travaux. John le rouge, le second, tenait la barre d’une main de fer, pendant que Barbe d’Or fumait sa pipe, assis sur des cordages enroulés avec la régularité d’un mécanisme d’horlogerie. Tout respirait le calme, et personne n’avait encore rien vu.

Cyril savoura encore quelques instants la joie d’être le seul à savoir, puis lança :

     –  Terre ! Droit devant !

Aussitôt l’ambiance changea. John le rouge leva la tête :

­     –  Tu es sûr ?

     –  Combien de milles ? lança Barbe d’Or.

Cyril releva les yeux, fixant la ligne pour estimer la distance :

     –  Une trentaine

Barbe d’Or se saisit de sa longue vue pour la braquer vers l’horizon, pendant que les hommes, sous les ordres de John, commençaient de manœuvrer, se répartissant les tâches en un ballet bien ordonné, pour serrer le vent au plus près, et ainsi augmenter la vitesse du navire. Tous étaient pressés d’arriver pour passer quelques jours de repos avant de reprendre le chemin de la piraterie.

     –  Allons garçons !  hurla Barbe d’Or,

Hissez les voiles ! je veux voir la plage de cette île et descendre à terre au plus vite,  nom d’un mat de misaine !

L’équipage n’avait pas besoin qu’on le lui dise, tout fut fait en un temps record et l’Altaïr vola sur les flots, plus qu’il ne navigua. On aurait dit que le bateau lui-même était pressé d’arriver, se dit Cyril.

Les contours de l’île se faisaient de plus en plus nets, de plus en plus précis. Les palmiers qui frangeaient la plage apparaissaient. Le sable presque blanc, et derrière, une forêt luxuriante d’un beau vert sombre, le tout accompagné d’une délicieuse odeur vanillée. Cyril vit que des embarcations étaient mises à l’eau, et que de solides rameurs les faisaient avancer dans leur direction. Les habitants de l’île venaient à leur rencontre, pagayant en rythme. Sur la plage, un groupe s’était rassemblé, encore un peu indistinct à cette distance, mais brillant de toutes les couleurs de paréos éclatants.

Et le Dénébola ? Cyril eut un moment d’angoisse en ne le voyant pas.

Si ! Là !  Mouillé un peu à l’écart, dans une eau encore assez profonde, le bateau se balançait doucement au gré de la houle.

Et là, se détachant sur le ciel limpide, comme une flamme, Abby ! Qui arrivait à tire d’aile !

Cyril ne fit qu’un bond hors de sa vigie, prenant son vol pour aller à sa rencontre, ignorant les exclamations de Barbe d’Or et les rires de l’équipage :

     –  Abandon de poste, moussaillon !  Braillait le capitaine, la phrase terminant dans un rire.

     –  Abby, comme ça me fait plaisir de te voir !

     –  J’étais tellement impatiente !

Les deux dragons se mirent à parler à bâtons rompus, de façon un peu décousue, tout en volant côte à côte, tout au plaisir de se retrouver ensemble.

Ils se posèrent sur la plage, et Cyril put à loisir détailler son amie. Qu’elle avait changé en peu de temps ! Elle avait grandi, s’était un peu arrondie. L’écaille avait pris un brillant remarquable, en irisation de rouge. Abby devenait une très belle jeune dragonne ! Qui se tortillait un peu, à la fois gênée et coquette devant cet examen.

Des bruits de voix détournèrent leur attention, le groupe aperçu de loin arrivait près d’eux, et Cyril vit qu’il s’agissait de jeunes femmes et d’enfants, qui venaient les bras pleins de colliers de fleurs qui embaumaient :

     –  Aloa Cyril !

Et le dragon se retrouva avec une bonne dizaine de colliers passés autour du cou avant d’avoir eu le temps de dire ouf. Ils se regardèrent avec Abby, pour éclater de rire, avant de suivre les femmes et aller accueillir Barbe d’Or, qui était en train d’arriver, campé sur un des canotes :

     –  Alors Cyril ! On quitte le navire sans permission ? Ai bien envie de te faire mettre aux fers pour une indiscipline de ce genre !

     –  Oh capitaine, commença l’intéressé, s’interrompant immédiatement en voyant la petite lueur dans les yeux du pirate.

Celui-ci se mit à rire, imité par les hommes de l’équipage qui arrivaient en même temps, et les habitants de l’île, qui tiraient les pirogues sur le sable.

     –  Amusez-vous les enfants ! fit Barbe d’Or.

Un silence succéda à ces mots, et Cyril vit que les îliens s’inclinaient avec respect devant une nouvelle venue, une femme âgée, dont les cheveux blancs tranchaient sur les longues crinières d’un beau noir brillant qui l’entouraient. La reine de l’île, et aussi de tout l’archipel se déplaçait en personne pour recevoir ses hôtes. Barbe d’Or, avec cérémonie, lui remit un paquet enveloppé de soie chamarrée, dont Cyril savait qu’il contenait des perles d’une taille imposante, tout en échangeant quelques mots protocolaires.

Puis l’atmosphère se détendit sensiblement, l’assemblée se dirigeant vers le village tout proche, suivant la reine et Barbe d’Or. Les deux dragons emboîtèrent le pas, tout en bavardant :

     –  Tu viens jusqu’au bateau ?  disait Cyril, j’ai des cadeaux pour toi !

     –  Oooh, fit Abby, qu’est-ce que c’est ? Allons-y ! Puis il faut revenir vite, nous sommes tous invités pour le luau de ce soir !

     –  Un luau ?

     –  Une fête, des chants, des danses, tu verras, c’est magnifique !

Les deux dragons s’envolèrent vers l’Altaïr d’un même battement d’ailes. Le soleil commençait de descendre sur l’horizon, teintant de rouge la mer à peine ridée.

Une très belle soirée s’annonçait.

 

A suivre !

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 07:00

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Cyril dans l’île de Pâques

Cyril regardait avec une grande curiosité les falaises de l’île qui se dressaient devant l’Altaïr.
Le bateau avait navigué de nuit, et le matin lui avait permis un mouillage au large de la seule petite plage de l’endroit. Barbe d’Or avait décidé de faire une courte escale de vingt quatre heures, pour permettre à tous de se reposer, et finir de remettre le bateau en état.
Il fallait reconnaître qu’il l’avait échappé belle ! Deux tempêtes coup sur coup, c’était vraiment trop, même pour un trois mats de la trempe de l’Altaïr.
Cyril avait eu droit, un moment avant,  aux félicitations bourrues du capitaine et de John le rouge pour les avoir sortis de là, en trouvant une connexion aussi rapidement.
Heureusement qu’ils ne savaient rien de sa mésaventure sur la banquise ! Ils lui auraient reproché son imprudence, et ne l’auraient plus autorisé à partir seul ! Et pourtant ce n’était pas sa faute, s’il y avait eu une crevasse juste sous ses pattes !
Quant à la photographie, qui montrait clairement qu’une créature vivait au fond, qui l’avait guetté, il préférait ne plus y penser. Il ne l’avait pas effacée, peut-être la montrerait-il à Magnus, et encore…
La lumière d’un jour calme et ensoleillé avait chassé les ombres et les peurs, tout l’équipage était concentré sur les tâches à effectuer, et avait aussi envie de se rendre à terre pour camper, et passer la nuit suivante sur « le plancher des vaches ».
Des vaches, il n’y en avait pas beaucoup, pensa Cyril.
Barbe d’Or lui avait dit qu’ils étaient devant l’île de Pâques, en plein Pacifique. Cyril bien sûr, en avait entendu parler, et avait vu un fichier l’une ou l’autre fois, parlant du destin étonnant et tragique de l’île et de ses habitants.
Il savait aussi que dans le monde réel, elle était habitée,  que des touristes la visitaient, que des équipes de recherche venaient du monde entier pour fouiller autour des statues gigantesques. Mais pour eux, dans le monde virtuel, elle était pour le moment déserte, et seules les statues se dressaient pour garder les lieux.
Le dragon se sentit saisi de respect devant la prouesse de leur construction, les géants de pierre regardaient au loin, immuables.
Il fut ramené à la réalité présente par la voix de Barbe d’Or qui tonnait :
– Cyril, réveille-toi, moussaillon ! et vas voler un peu par là-bas pour nous trouver une source, et un coin où camper.
Le dragon  prit immédiatement son vol, franchit les quelques dizaines de mètres d’eau le séparant de la plage, la survola, et se posa un peu plus loin,  sur le sol de l’île mythique.
Le paysage était assez désolé, comme il avait vu sur les documents du royaume Pc. Pas d’arbres, juste une plaine accidentée, couverte d’une végétation courte qui ondulait sous le vent. Plus loin, la déclivité du cratère volcanique, et la coupure brusque des falaises abruptes surplombant l’océan. Un océan bleu de saphir, à peine ridé d’une petite vague de temps à autre, bordée d’une écume blanche comme de la crème. Une autre île se dressait à quelques distances, minuscule, comme un caillou posé sur l’eau, faisant revenir des souvenirs de lecture, une course ancienne, une lutte pour ramener un œuf et avoir la suprématie sur l’île tout entière Et partout, des statues, debout, et couchées, cassées avant d’avoir été dressées.

Allons, il fallait avant tout trouver un endroit pour le campement, se dit Cyril, en revenant à la réalité.
Il avait de la chance ! La source n’était pas bien  loin et un creux dans le sol allait leur permettre de s’installer commodément, en étant un peu à l’abri du vent qui soufflait sans jamais s’arrêter, sans être retenu par le moindre obstacle.
Cyril alla porter la nouvelle de sa découverte, et l’heure suivante fut consacrée à débarquer, et à s’installer, puis tous partirent faire un tour, découvrir l’île et ses statues.
Il y en avait de toutes tailles, qui se dressaient un peu partout, et Cyril fut particulièrement impressionné par un groupe de sept, alignées, tout près de la falaise. Beaucoup étaient au sol, plus ou moins cassées, vestiges des troubles que cette civilisation avait connus, qui l’avaient détruite. L’une d’elle attira tout particulièrement son attention.
Pas très grande, en bon état, elle gisait près de son socle. Quel dommage ! Cyril ne savait pas pourquoi, il trouvait triste la chute de cette statue en particulier.
Le tour de l’île fut assez vite fait, elle n’était pas très grande, c’était vrai, et s’il y avait de nombreuses crevasses à flanc de falaise, le dragon n’avait pas la moindre envie de les explorer. L’aventure de la banquise lui avait suffit !
La journée passa en un éclair, et la soirée, autour d’un grand feu fut des plus agréables. Des chansons de marine furent chantées, le rhum circula, réchauffant les esprits et les corps. La lune se leva sur une assemblée de marins finalement fatigués, et prêts à s’endormir.
Les sacs de couchage installés, de légers ronflements ne tardèrent pas à s’élever au dessus du campement improvisé.
Légers ? Pas toujours ! Le voisin de Cyril, un marin de longue date, faisait un bruit digne d’un avion à réaction ! et après s’être installé avec délices dans un sac posé sur des herbes épaisses, Cyril comprit qu’il ne pourrait pas dormir. Il se releva, sans faire de bruit, bien que celui-ci aurait eu du mal à se faire entendre, prit son sac, et alla voir un peu plus loin.
Là, c’était parfait, derrière ce monticule, les ronflements de son voisin n’étaient presque plus audibles. Le temps de réinstaller le sac de couchage, et Cyril s’endormit du sommeil des dragons qui ont bonne conscience.
– Cyril !
– Hummm
Ce n’était pas encore l’heure de se lever, il avait dû rêver.
– Cyril !!!
Cette fois plus de doute, on l’appelait par son nom !
Le dragon se redressa brusquement, qu’est ce que cela voulait dire ? Qui l’appelait ? Il se leva, en maugréant intérieurement. Il n’était pas censé prendre de quart, et d’ailleurs, il voyait celui qui l’assurait, près du feu, qui fumait sa pipe, en regardant le ciel.
Tout le monde avait l’air de dormir, alors qui s’amusait à le réveiller ? Bon, un dormeur peut-être, qui avait rêvé.
– Cyril !
Ca alors ! la voix avait l’air de venir de plus loin, dans la semi obscurité de la lune qui commençait de descendre. Le petit dragon se dirigea avec circonspection vers ce qui lui semblait être la source de la voix, et se retrouva là où il avait été dans l’après-midi, un peu plus loin, la statue couchée luisait faiblement sous la lumière argentée.
– Cyril, viens m’aider à me redresser !
Ce n’était pas possible, c’était …
– Oui, c’est moi qui t’appelle ! Tu m’entends car tu es un être doué de magie. Je n’ai jamais vu de créatures comme toi, mais je sais que tu portes la magie des origines en toi.
– C’est vous qui parlez ?  fit Cyril, d’une petite voix un peu tremblante, sans trop approcher.
– Oui, tu dois m’aider, il faut que je me remette debout. Je n’en peux plus d’être couché comme cela. Je dois veiller sur mon île, et pour cela, je dois retourner sur le socle. Aide-moi ! N’aies pas peur !
Cyril approcha lentement. La statue était toujours à la même place, immobile, et seule la voix qui résonnait, un peu chuintante, lui donnait vie. Il y avait aussi une couleur un peu rougeoyante qui colorait la pierre. Il posa les pattes dessus, elle était légèrement chaude.
– Oui ! vas-y, pousse ! redresse-moi !
Le moai n’était pas très grand, mais beaucoup trop lourd quand même, Cyril s’en aperçut au bout de deux tentatives. Aller réveiller les marins ?
Ils se diraient qu’il avait pris trop de soleil, ou qu’il se moquait d’eux. D’ailleurs Cyril n’était pas sûr de ne pas être en train de rêver.
– Fais quelque chose, ne me laisse pas comme cela !
Rêve ou pas, il fallait agir !
La magie, oui ! C’était le moment de mettre en pratique les cours de Dame  Florina, son professeur.

Se concentrer, en fermant les yeux, voir la statue à l’intérieur de soi, sentir sa forme, son poids, ses contours, et la soulever, tout simplement, comme si elle n’était qu’un jouet
Un légère vibration, puis rien. Encore un effort, mieux se concentrer. Une vibration, à nouveau, un tremblement, voilà ça y était !
Cyril ouvrit les yeux, le moai était redressé, devant lui, un petit peu au-dessus du sol, et s’exclamait de joie :
– Oui ! Enfin ! Pose-moi sur mon socle.
Un autre petit effort, et la statue reposait sur son emplacement. Cyril, un peu essoufflé, s’approcha, posant une patte sur le corps de pierre. Tout était en place, solidement, les yeux de nacre regardaient au loin. Cyril attendit encore un peu, mais plus aucun son ne vint à ses oreilles.
Il se sentit soudain très fatigué, l’esprit vide, et retourna se coucher en baillant ferme, puis sombra dans un sommeil de plomb.
– Allez Cyril, debout, nous appareillons !
Quelle nuit, quel rêve ! et même pas envie d’aller vérifier que la statue était toujours couchée, c’était évident !
Juste le temps de prendre une tasse de chocolat, et un gros morceau de pain beurré, que tout le monde devait remonter à bord, Barbe d’Or voulant appareiller rapidement. L’Altaïr s’éloigna sous une jolie brise, et un beau soleil levant. Cyril, à la vigie regardait l’île diminuer de taille, quand un point précis le fit se figer. Là, la statue, sur son socle ! Impossible !
– Merci Cyril, fit doucement la voix rauque, portée par le vent.

 

(photo Hauteclaire, au Louvre)

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 07:00

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Cyril et le continent blanc (suite)

Qu’est-ce qu’il faisait noir !

Il faisait encore nuit, sûrement, mais d’habitude, il y avait la lumière des étoiles qui entrait par le hublot de sa cabine, et celle de la lune aussi. Elle était presque pleine, c’est donc qu’il devait y avoir des nuages ?

Et son lit ? Cyril ne s’était jamais aperçu qu’il était si dur, et de plus les draps étaient tout mouillés, et froids. Il allait falloir qu’il les change au plus vite.

Mais pourquoi faisait-il si noir ? Mais oui, il avait les yeux fermés ! Quand on dort trop les idées ne sont pas nettes. Il faisait plutôt clair en fait, le jour se levait ?
Une lumière bleutée filtra entre les paupières de Cyril, achevant de le réveiller.
Les murs familiers de la cabine apparurent, la porte du petit placard, le minuscule cabinet de toilettes, le gros coffre par terre… Le petit dragon poussa un soupir de soulagement, pourquoi cette sensation de peur ?
Les murs devenaient transparents, s’évanouissant, remplacés par du bleu, nuancé de violet, un espace bien plus grand que celui de la cabine, et une sourde angoisse monta dans la gorge de Cyril, qui se redressa brusquement. La banquise ! Sa chute !
Tout lui revint en mémoire brutalement, il ne se trouvait pas dans sa cabine, à bord de l’Altaïr, il était tombé dans une crevasse, et maintenant où était-il ? et dans quel état ?
Lentement, il tâta  ses membres, il avait mal un peu partout, et surtout en respirant. Des côtes fracturées ? Il étira ses pattes, tout marchait de ce côté-là, et ses ailes ? Avec beaucoup de précautions, il les étendit, l’une après l’autre. Les os craquèrent, c’était douloureux là aussi, mais heureusement, il ne s’était rien cassé et en serait quitte pour de belles contusions.
Depuis combien de temps était-il là ? Sans doute pas très longtemps, la lumière avait la même intensité, là-haut, au-dessus de sa tête par la faille qui s’était ouverte. Pourvu que sur l’Altaïr ils ne se soient aperçu de rien ! Il ne voulait pas les inquiéter inutilement !
Cyril se redressa tout à fait, regardant autour de lui, l’endroit où il avait fait cette chute. Il se rendit compte qu’il se trouvait sur une espèce de large marche qui surplombait une crevasse.
Une crevasse ? En retrouvant tous ses moyens, il s’aperçut qu’il s’agissait d’une véritable caverne, un espace immense s’ouvrait en dessous de lui, aux dimensions de cathédrale et dont le sol échappait à son regard.
Cyril frissonna rétrospectivement. Il avait dû se cogner la tête sur le rebord de la faille, et s’il n’y avait pas eu cette aspérité dans  la paroi, il serait tombé tout au fond, des dizaines de mètres plus bas, et…
Il repoussa cette pensée, se redressant tout à fait, il fallait ressortir, et retourner au bateau !
Et le petit appareil photos ? Là, un peu plus loin, à demi enterré dans la couche neigeuse. Cyril étendit une patte, et se saisit délicatement de l’engin. Une petite vérification, il marchait toujours, et maintenant, direction la sortie !

Un dernier coup d’œil quand même.
La caverne s’était peut-être formée à la faveur d’un mouvement de la banquise ? Les parois bleu dur étaient verticales, et plongeaient dans un véritable abîme outremer. Y avait-il de l’eau tout au fond ? Il lui semblait entendre un léger clapotis, très lointain. Etait-il possible que la faille s’ouvre jusqu’à la mer ? Difficile à dire sans aller voir.
Le petit dragon se sentait tout à fait bien maintenant, l’idée d’un petit coup d’œil en volant un peu s’infiltra dans son esprit, et il s’avança sur le bord de la marche improvisée en regardant vers le bas.
Non, décidément, il faisait trop sombre dans le fond, les parois veinées de toute la gamme possible des bleus qui l’entouraient étaient d’une beauté saisissante, mais il venait de l’échappé belle, il ne fallait pas tenter la chance trop souvent. Il ramènerait quand même un souvenir de cette mésaventure. Et dire qu’il avait failli ne pas y penser !
L’appareil photo fut vite mis en marche, et Cyril mitrailla les parois, à différentes hauteurs, les rais de lumières par l’ouverture, qui faisaient comme des pinceaux dorés. L’avancée où il était tombé. Allons, ça suffisait,  il n’avait pas vraiment envie de s’attarder plus. Le clapotis en bas s’accentua, il y avait vraiment de l’eau qui coulait, où qui suintait par d’invisibles cassures de la roche recouverte de glace, et pas moyen de rien voir. Cyril remit le flash en action et prit quelques clichés supplémentaires en visant au hasard vers le fond, il verrait peut-être plus en les regardant ce soir, sur l’écran d’un des ordinateurs de bord ?
Serrant fermement l’appareil dans ses pattes, il prit son envol, et en deux coups d’ailes se trouva à l’ouverture, qu’il franchit avec adresse.
Ouf, c’était bon de se retrouver à l’air libre ! Toutes ces péripéties n’avaient pas dû durer très longtemps, le soleil se trouvait à peu près à la même place, et sur l’Altaïr, les marins finissaient de remettre les voiles en place. Le calme régnait, malgré quelques nuages un peu plus loin,  c’était bien, personne n’avait eu le temps de se rendre compte de sa disparition.
Cyril regarda une fois encore la banquise, c’était si beau ! Des ombres violettes se dessinaient sur le sol, pendant que le soleil faisait miroiter les cristaux de neige comme de petits diamants, et le ciel d’un bleu …impossible de le décrire.

Quelques clichés de plus, quand soudain un son discordant le fit sursauter :
– Cyril, qu’est-ce que tu fais, nom d’un canon ! Il est temps de repartir !
Barbe d’Or avait pris son porte-voix, et le rappelait ainsi à l’ordre sans ménagement.
Le dragon ne se le fit pas dire deux fois, et s’envola pour se retrouver sur le pont dix secondes plus tard.
– Et bien il était temps ! Je t’avais dit une heure, et cela faisait presque deux ! Qu’est-ce que tu pouvais bien faire sur ce bout de banquise nu ?!!
Cyril bredouilla quelques mots sur les photos, la beauté du paysage, et s’empressa de filer vers sa cabine, où il déposa l’appareil bien en sécurité dans le coffre, coincé entre deux couvertures, et son oreiller (impossible de voyager sans son propre oreiller)
Il en profita pour se changer, et regarder s’il avait des marques conséquence de sa chute. Là, sur le côté, il était gonflé, une belle bosse en perspective, et deux trois écailles arrachées. Rien de bien méchant.
L’inspection faite, il remonta sur le pont pour assister à la manœuvre, et voir si on avait besoin de  lui. Les voiles étaient redéployées, et l’Altaïr reprenait sa course, cap au nord, plein nord. Il fallait retrouver la route qui était la leur avant la tempête, pour aller naviguer dans le Pacifique. Cyril vit tout de suite que les mines étaient soucieuses, John le rouge pointait sa longue vue dans la direction des  nuages que Cyril avait vus un moment plus tôt. Ils s’étaient considérablement épaissis, c’était maintenant une vraie barre d’un gris sale qui allait les rattraper.
– Capitaine, fit John le rouge, la tempête revient !
– Je vois bien garçon, et cette fois, je ne sais pas comment le bateau va tenir !
Le vent commençait de souffler, et la mer se creusa subitement, entraînant l’AltaIr vers

Des flots vert sombre à la profondeur insaisissable. Cela s’annonçait mal, et Cyril se sentit pris de nausées à la perspective de devoir retraverser la tempête.
– Cyril, hurla Barbe d’Or pour couvrir le bruit du vent,

Essaie de voler en avant et de nous trouver une connexion pour nous sortir de là !
Le dragon se mit en action immédiatement. En avant du bateau, il y avait encore une zone de calme, et avec ses perceptions toute particulières, il chercha l’entrée d’une connexion les menant là où ils allaient,  vers les mers chaudes de Polynésie. Là ! il y avait un passage ! Pas le temps de vraiment vérifier, cela semblait être la bonne direction.
L’Altaïr s’engouffra à sa suite, et quelques instants plus tard, émergeait sur un océan calme, s’étendant à l’infini. Le point montra qu’ils étaient en plein Pacifique, pas exactement là où il aurait fallu, mais c’était quand même mieux que la tempête.
Barbe d’Or envoya Cyril dans sa cabine pour qu’il prenne du repos, ce que le dragon fit avec reconnaissance.
Au réveil, il se sentait frais et dispos, mais il faisait nuit, une belle nuit éclairée cette fois par une pleine lune bien réelle. Au loin les falaises d’une île se dressaient, vers lesquelles le bateau se dirigeait en silence. Cyril pouvait se rendormir un bon moment, mais avant il voulait regarder les photos prises plus tôt, dans cet autre monde.
Les clichés défilèrent sur le petit écran de contrôle de l’appareil, ils étaient très réussis ! et feraient l’admiration de tous dans le royaume Pc. Ceux de la faille arrivèrent, et Cyril ne put réprimer un sursaut.
Dans la lueur du flash, loin vers les profondeurs, deux gros yeux globuleux braqués sur lui, et l’éclat des dents.

 

 

A suivre !

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 07:00

 

 

 

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Cyril et le continent blanc 1

 

 

La tempête avait rejeté l’Altaïr beaucoup plus loin que ce qui était prévu au départ, avant de passer le cap Horn. A lieu de continuer à longer plus ou moins la côte, le navire avait été complètement déporté, pour se retrouver maintenant au large de la banquise antarctique.
Tout cela Cyril le savait, mais ces pensées demeuraient dans un coin de son cerveau, sans vraiment aller jusqu’à son raisonnement. Il restait dans la vigie, indifférent au remue-ménage, en bas, sur le pont, et à ses vêtements trempés d’eau de mer.

– Cyril ! veux-tu te dépêcher de redescendre, et fais-moi le plaisir de te changer tout de suite !

Barbe d’Or, campé sur le pont, le visage relevé, l’appelait d’en bas.
– Oui capitaine, répondit Cyril d’un ton décidé, mais sans bouger.

Ce qu’il avait devant les yeux était autrement plus fascinant que d’aller chercher des vêtements.

Sous un ciel redevenu limpide comme du cristal,  une falaise blanche s’étendait aussi loin qu’il lui était possible de voir. A la lumière éclatante d’un soleil radieux, elle brillait de mille feux, comme pailletée de petites étoiles.
Blanche ? Non, ce n’était pas le bon terme, il y avait des dizaines de nuances de bleu, en regardant mieux. Celui si pâle qu’il avait pris pour du blanc, jusqu’au bleu outremer qui se dissimulait dans les creux et les anfractuosités de la glace.
Parfois, un pan de banquise s’écroulait dans une gerbe d’eau grise, soulevant de l’écume mousseuse, et des glaçons légers.

La chute, à cette distance, paraissait silencieuse, et pourtant une masse impressionnante de glace et de roches mêlées s’était détachée,

 Des vagues lentes suivaient la chute du géant, qui venaient mourir jusque sur la coque de l’Altaïr, soulevant le bateau dans une houle paresseuse.
– Cyril !
Le dragon s’arracha au spectacle en étouffant un éternuement qui lui fit cracher de l’eau. Il fallait se réchauffer ! Pas question de s’enrhumer comme au nouvel an ! –

Il vola jusqu’au pont abandonnant la vigie avec regret et s’engouffra dans l’escalier étroit pour aller jusqu’à sa cabine. Les matelots qui étaient restés confinés pendant la tempête, allongés sur leurs couchettes, maintenus par les barres anti-roulis, relevaient ceux qui étaient restés sur le pont et qui comme Cyril, redescendaient se changer. Des gobelets de rhum, pleins à ras bords, étaient distribués, et bientôt Cyril sentit la douce chaleur de l’alcool parfumé se répandre jusque sous ses écailles.

– Voilà le médicament du bord, mon gars, fit le bosco qui distribuait
Comme s’était bon ! La tête tournait bien un peu, mais l’essai d’une petite flamme le rassura sur sa santé. Du reste, une poignée de biscuits vint tempérer cette tendance à un roulis tout intérieur. Ainsi remis et changé, Cyril remonta sur le pont, afin d’aider aux opérations de remise en état.
Il fallait sécher le pont le plus vite possible, avant que trop de glace ne se forme. Retirer des voiles qui avaient été déchirées, les remplacer,  remettre en ordre… pendant une heure personne n’eut le temps de souffler sous les ordres de John le rouge.
Barbe d’Or remonta à son tour, et se déclara satisfait. Il fallait toutefois que la voilure sèche, et recoudre ce qui devait l’être, impossible de repartir tout de suite comme il l’aurait souhaité.
Cyril, dissimulant mal son enthousiasme, alla demander s’il pouvait aller faire une petite exploration en attendant, ses talents en matière de couture étant à peu près nuls.
Barbe d’Or esquissa un sourire en voyant le dragon trépigner devant lui :
– C’est d’accord, mais tu ne t’éloignes pas de la côte. Tu dois être revenu dans une heure, et d’ailleurs je veux pouvoir te surveiller d’ici. Nous sommes à un endroit particulièrement dangereux garçon, ne l’oublie pas !
– Oui capitaine, compris capitaine ! Merci capitaine, répondit le petit dragon avec conviction.
Cyril s’envola sous le regard  amusé de l’équipage, un peu envieux peut-être, et se dirigea à tire-d’aile vers la falaise, pour se poser sur une neige dure comme de la pierre, à peine recouverte d’une fine couche de poudreuse, dans laquelle ses pattes laissèrent les seules empreintes d’un être vivant à des kilomètres à la ronde.

Le paysage était grandiose. La banquise s’étendait à perte de vue, moutonnant ça et là au gré des roches qu’une  neige séculaire recouvrait. Loin, très loin, une chaîne de montagnes dressait ses sommets aigus rejoignant presque un soleil bas sur l’horizon. Cyril se sentit pris d’une furieuse envie d’aller jusque-là, envie vite réprimée. La distance devait être énorme, et il avait promis de ne pas s’éloigner.

Il fit quelques pas, prenant des photos avec le petit appareil qu’il avait emporté. Il voulait pouvoir montrer un beau reportage en revenant ! L’Altaïr aussi, pris d’en haut et qui paraissait tout petit.
De ce monticule il aurait un meilleur angle de vue. Cyril avança dans sa direction vérifiant sa mise au point. Qu’est-ce que c’était ce petit frisson qui l’avait parcouru ? Une sensation de danger ? Mais il n’y avait rien alentour ! Le ciel était pur, rien de ce côté. Ce devait être les nerfs, après la tempête.
A ce moment, il ressentit encore un frémissement  le long de son échine, puis les pattes se mirent à le chatouiller. Qu’est-ce que ??
Avant d’avoir eu le temps de réaliser, la neige recouvrant une crevasse céda sous son poids, et Cyril se sentit  tomber, aspiré vers les entrailles de la banquise.

 

 

A suivre !

 

(ma communauté, un dragon pour ami )

 

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